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L'Italie interdit ses eaux à un ferry marocain venant de Libye.
16/03/2011 07:12
Les autorités italiennes ont interdit l’entrée dans leurs eaux territoriales à un ferry marocain transportant 1.850 personnes essentiellement des Marocains qui fuient les combats en Libye, a-t-on appris mardi. Le navire en question avait demandé d’entrer dans le port pour refaire le plein de carburant et selon toute vraisemblance, poursuivre sa route.
Pour expliquer ce refus, ces mêmes autorités affirment ne pas disposer « d’éléments » suffisants pour accepter l’entrée du ferry dans les eaux italiennes mais ont eu la délicatesse de proposer de refaire le plein du navire, elles-mêmes, en haute mer. Selon la commission européenne, « il ne semble pas que ce soit un acte de refoulement ». De même, les autorités marocaines ont assuré qu’il s’agissait d’un « simple problème administratif et de procédures exceptionnelles ». D’un point de vue diplomatique, vraiment pas de quoi fouetter un chat.
Mais ce refus justement intervient quelques heures seulement après l’escapade très médiatisée, de Marine Le Pen (candidate du Front national à l’élection présidentielle française de 2012). Une virée italienne où Le Pen junior est revenue sur son sujet de prédilection : l’immigration clandestine, estimant que les 9.000 étrangers en situation irrégulière débarqués à Lampedusa depuis le début de la fameuse révolte arabe, constituent le prélude à « un mouvement migratoire de très grande ampleur ».
En réalité, Madame Le Pen craint que ces quelques milliers de migrants souhaitent presque tous se rendre en France (pays des droits de l’Homme), où il y a de « très grandes chances pour qu’ils soient régularisés, naturalisés et qu’ils obtiennent un regroupement familial » (carrément)! Elle a même réclamé que les marines nationales française, italienne et espagnole soient chargées de « convoyer dans des conditions dignes » (sic), les bateaux des migrants jusqu’à leurs pays d’origine, au lieu de les laisser débarquer sur l’île italienne.
Hantise quand tu nous tiens… Fine calculatrice, l’héritière Le Pen a par-dessus tout compris que ses propos ne peuvent que plaire à une bonne frange de la société française obnubilée par les questions autour de l’immigration et de la sécurité, qu’elle cherche à séduire à quelques mois maintenant du rendez-vous présidentiel de mai 2012.
Pensez-vous toujours que cela soit un simple problème administratif ?
Source: Ana Lopes - aufait (Maroc)
http://gaelle.hautetfort.com/
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Des dizaines d'Américains se réjouissent du séisme au Japon. & ,Japon: les Français réticents à faire des dons pour les sinistrés
16/03/2011 07:10
De nombreux utilisateurs américains des réseaux sociaux, notamment Facebook, publient depuis vendredi des messages saluant le séisme et le tsunami qui ont frappé le Japon. Selon eux, il s’agit d’un revers de karma, une forme de réponse divine à l’attaque de Pearl Harbor par la marine et l’aviation japonaises il y a bientôt 70 ans. Ils oublient les attaques sur Hiroshima et Nagasaki en 1945.
Un navire échoué à Hachinohe, dans le Nord du Japon, après le passage du tsunami. (Reuters)
Après le dévastateur tremblement de terre qui a frappé vendredi le Japon, des millions de messages de solidarité se sont répandus sur Internet, à travers les réseaux sociaux. Mais certaines voix discordantes se sont également fait entendre, à l'instar de ces dizaines d’Américains qui voient dans le séisme et le tsunami une punition divine... pour l’attaque de la base de Pearl Harbor, qui s’est déroulée le 7 décembre 1941.
"Vous vous rappelez de Pearl Harbor?"
"Qu’est-ce qu’on en a à foutre du Japon? Ils nous ont envoyé de l’aide alors que des Américains mourraient pendant (l’ouragan, ndr) Katrina? Non. Vous vous rappelez de Pearl Harbor? La justice est tardive", s’emporte sur Facebook Patrick J. Dunlevy, un militaire. "J’emmerde le Japon!, écrit cet autre internaute. Est-ce que tout le monde a oublié Pearl Harbor? Le karma, c’est une saloperie, pas vrai?" Un scénariste de la série Les Griffins a même publié sur Twitter une blague d’un goût douteux. "Si vous voulez vous sentir mieux vis-à-vis du Japon, cherchez sur Google ‘bilan humain Pearl Harbor’", écrivait-il vendredi, avant de supprimer son message et de publier un message d’excuse le lendemain: "Bilan d’hier: 200 morts. Aujourd’hui: 10.000. Je suis désolé à propos de ce tweet indélicat. Il a disparu."
A l’image de ces deux exemples, des dizaines de personnes semblent souffrir d’une amnésie partielle, oubliant que le Japon a été durement frappé par deux bombes atomiques en 1945. L’attaque sur la base navale Pearl Harbor a tué environ de 2400 personnes, pour la plupart des militaires. Les bombes larguées en août 1945 sur Hiroshima et Nagasaki ont tué plus de 200.000 personnes. Certains utilisateurs des réseaux sociaux ne manquent pas de le relever. "Si ce tremblement de terre est la punition karmique du Japon pour Pearl Harbor, j’attends avec terreur de voir ce que sera la notre pour Hiroshima et Nagasaki", note sur Twitter amazingatheist.
Source JDD - 14 mars 2011
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Jacques Chirac, le dernier combat ( par Eric Zemmour dans Le Spectacle du Monde)
15/03/2011 14:58
Mars 2011 par Eric Zemmour Chronique
Il est à moitié sourd. Il parle fort. Il marche à petits pas. Jacques Chirac est un vieil homme [...]
Il est à moitié sourd. Il parle fort. Il marche à petits pas. Jacques Chirac est un vieil homme. A soixante-dix- huit ans, il n’a plus la vitalité légendaire de l’ogre qu’il fut. Le pouvoir est un élixir de jouvence. Le conserver maintient en vie. Le perdre tue. Le général de Gaulle et François Mitterrand moururent dans l’année qui suivit leur départ de l’Elysée. Jacques Chirac survit. Parfois, son regard s’illumine pour un joli brin de fille ; mais aussitôt, Bernadette, le ton rogue et l’oeil mauvais, le ramène à la triste réalité. Jacques Chirac n’est pas de ces anciens chefs d’Etat modernes, à la Clinton ou à la Blair, qui courent le cacheton dans des conférences grassement payées. Il est plutôt à l’ancienne, profitant de sa retraite pour rédiger ses Mémoires – quoique « rédiger » soit un bien grand mot pour un homme politique qui n’a jamais écrit un texte, discours, livre, programme de sa main ! Des Mémoires soporifiques à souhait, d’où ne suinte aucune révélation, aucune provocation, tout au plus quelques règlements de comptes (avec l’inévitable frère ennemi Giscard !) millimétrés ; Mémoires contrôlés comme l’étaient ces interventions télévisées de président, qui s’efforcent de sculpter la statue de chef d’Etat humble mais digne, et qui rencontrent cependant un énorme succès populaire : Chirac a toujours été un homme sympathique aux Français !
Cette banalité voulue et maîtrisée est cependant bouleversée par l’extraordinaire procès où il sera le premier chef d’Etat français – hormis le maréchal Pétain ! – à devoir comparaître. On comprend mieux alors les hésitations, les différends au sein de son entourage, entre ceux qui voudraient lui éviter cette épreuve et ceux qui lui conseillent de montrer qu’il accepte volontiers d’être traité comme un citoyen français ordinaire. D’où les bruits plus ou moins contrôlés sur sa santé, sa surdité, sa supposée maladie d’Alzheimer, les démentis outragés, les invectives, les contredits. D’où la réaction, à la fois brutale et maladroite, de l’ancienne magistrate Eva Joly qui ne parvient décidément pas à abandonner sa casquette judiciaire, comparant Chirac à Pinochet qui, lui aussi, avait prétexté d’un état de santé défaillant pour ne pas se présenter devant ses juges. 
Beaucoup d’amis de l’ancien président de la République se sont émus. Ont tenté de délégitimer ce procès. Ont dénoncé l’acharnement contre un homme âgé, affaibli. Ont évoqué l’ancienneté des faits reprochés. Leur désuétude. Même Arnaud Montebourg, qui, dans les années 1990, fit sa notoriété médiatique en jouant les procureurs acharnés des turpitudes immobilières et financières de la Ville de Paris, montre une soudaine mansuétude pour le vieil homme.
Il est vrai que les socialistes et la gauche tout entière se sont depuis réconciliés avec l’homme qu’ils traitaient naguère – dans les années 1970 – de facho- Chirac avant d’appeler à voter pour lui, trente ans plus tard, au nom de la lutte contre… le fascisme. La réconciliation a été scellée définitivement lorsque le maire de Paris, Bertrand Delanoë, a accepté que Jacques Chirac rembourse le préjudice subi par la Ville, pour prix de sa renonciation à sa plainte. Préjudice payé en partie par les époux Chirac, mais aussi par l’UMP, héritier du feu RPR !
Mais le brevet de républicanisme distribué par la gauche selon ses intérêts du moment n’épuise pas le sujet. Les mêmes menaient la charge, lorsque Chirac résidait à l’Elysée, pour le traîner devant les tribunaux. Il n’en fut rien. Le Conseil constitutionnel l’empêcha. Les petits arrangements entre le président du Conseil, Roland Dumas, et le président de la République, n’y furent pas pour rien. Mais l’essentiel était ailleurs. Le chef de l’Etat ne pouvait pas se retrouver dans un prétoire. La dignité de sa fonction était en jeu. Sous la Ve République, le président, élu du peuple, est sacré. Cette onction démocratique est l’équivalent de l’huile sainte qu’on versait sur la tête de nos anciens rois. C’est ainsi que l’a voulu le général de Gaulle. C’est ainsi qu’il voulait « régler une affaire vieille de 159 ans », lorsque, aux débuts de la Révolution française, l’Assemblée substitua sa légitimité – celle de la nation – à celle – divine – du roi. Depuis lors, la France avait oscillé entre des régimes d’Assemblée aboulique, sans tête, et de réactions autoritaires, sans contre-pouvoirs. Un président de la Ve République, élu du peuple français, convoqué devant des juges, c’était toute cette construction sophistiquée et subtile que l’on mettait à bas.
Il a donc bien fallu protéger Jacques Chirac président de la République. Mais Jacques Chirac n’est plus président. Il est redevenu citoyen français comme les autres. Toute sa vie politique ne peut être effacée par les douze années qu’il a passées à l’Elysée. D’autant moins qu’il n’y serait sans doute jamais arrivé sans le soutien logistique et financier du parti qu’il avait fondé. Toute l’histoire politique de ces quarante dernières années en eût été changée. Jusqu’à sa mort, Raymond Barre est resté persuadé que sa défaite au premier tour de l’élection présidentielle, en 1988, s’expliquait essentiellement par les moyens exceptionnels déployés par le RPR en faveur de Jacques Chirac. Edouard Balladur ne pense pas autrement, lui qui, pour l’élection de 1995, crut rétablir un équilibre à coups de fonds secrets et en ralliant Charles Pasqua à sa cause. On a appris récemment que le Conseil constitutionnel avait renoncé à annuler les comptes de campagne du candidat Balladur, car il aurait été alors contraint d’annuler ceux de Jacques Chirac – encore plus irréguliers –, mais qui venait d’être élu par le peuple français président de la République !
Le système mis en place par le RPR fut, en effet, d’une redoutable efficacité, entre hauts fonctionnaires et petites mains travaillant pour le mouvement mais rémunérés par la Mairie de Paris. Sans oublier les aides massives du patronat. Et les fonds venus d’ailleurs. Tout cela est désormais connu. On peut dire aujourd’hui que cette puissance matérielle et financière du RPR explique en partie les défaites successives du centre droit, submergé par des forces supérieures. Cette inégalité de moyens a faussé – en partie – la démocratie. Cette époque est désormais révolue. Il n’y avait pas alors de loi encadrant les dépenses électorales. Pas de financement public des partis politiques. La nouvelle donne n’a pas que des avantages ; elle est excessivement conservatrice, empêchant l’irruption de nouvelles forces politiques dans l’espace politique français. Mais elle renvoie les turpitudes de Chirac et du RPR dans les catacombes de l’histoire. Alors, un procès pour rien ? Un procès pour l’Histoire ? Un procès de principe pour montrer – avec un éclat un peu factice – l’égalité de tous les citoyens devant la justice ? Un procès pour qu’Alain Juppé ne soit pas le seul à porter un chapeau trop grand pour lui ?
Un peu tout cela, ainsi que la manie de notre époque de juger moralement les temps – immoraux, forcément immoraux – qui l’ont précédée… Le véritable procès, le plus intéressant, le plus utile, concernerait les choix politiques d’un Jacques Chirac qui, se prétendant l’héritier du gaullisme à l’orée des années 1970, finit par consentir ou avaliser d’énormes abandons de souveraineté. Ce procès-là – à charge comme à décharge – ne sera pas instruit. Sauf par l’Histoire qui tranchera.
A lire Mémoires, tome I : Chaque pas doit être un but Editions Nil (2009), 504 pages, 21 € ; Mémoires, tome II à paraître le 30 mai, Éditions Nil.
http://www.lespectacledumonde.fr/index.php?option=com_content&view=article&id=422:zemmour576&catid=31:chronique&Itemid=53
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Comme un parfum des aulx de notre Lomagne .Renaud Camus, la lumière et le désespoir
15/03/2011 14:49
Mars 2011 par Loïc Lorent Portraits
Romancier, essayiste, pamphlétaire, diariste : depuis trente-cinq ans, Renaud Camus forge une œuvre protéiforme et audacieuse. Longtemps boudée par les critiques, celle-ci rencontre, aujourd’hui, un écho grandissant, alors que l’auteur s’élève contre la décadence de la civilisation européenne et le réensauvagement du monde.
En ces marches de Gascogne où les coteaux timides n’osent tutoyer le ciel, se dresse le château de Plieux. Sis sur un promontoire, on l’aperçoit de loin lorsqu’on erre sur les routes de la Lomagne, coin reculé du Gers. En fait, on ne voit que lui, gros monolithe d’une sobriété janséniste. C’est qu’il ne fut pas construit pour plaire, mais pour résister. C’était au XIVe siècle. Aujourd’hui, tandis que de nouveaux envahisseurs venus d’Albion, conquièrent le lieu – non par l’épée mais par l’argent –, Renaud Camus, écrivain au parcours atypique, a choisi d’y résider.
Bien sûr, la tentation est grande d’assimiler l’artiste à l’endroit où il vit. Surtout pour un auteur qui a fait de cette relation entre pierre et chair, entre lieu et âme la matière de certains de ses plus beaux textes, et notamment de ses Demeures de l’esprit, série dans laquelle il rend visite aux fantômes de romanciers, compositeurs, peintres, philosophes de France et d’ailleurs.
Abandonné, puis rongé par les hivers et les termites, Plieux maintient. Son propriétaire aussi. Pourtant, des coups, lui aussi en a pris. Et il a plus encore subi le silence des prescripteurs. « Ce que c’est que la notoriété, tout de même… », s’amuse-t-il quand on lui demande, à lui, auteur d’une soixantaine de livres, s’il est de la famille d’Albert…
Mais à l’austérité de la bâtisse gasconne répond la chaleur de l’écrivain. Renaud Camus, c’est un regard gris-bleu, profond, qui déborde de malice ; des gestes lents, contrits, qui trahissent une certaine timidité ; une voix chaude, amicale, qui appelle le bon mot. Chez lui, le corps et la parole expriment un mélange d’assurance et d’inquiétude, sentiments qui se mêlent dans son œuvre, dans une sorte de désordre organisé.
D’aucuns voudront voir en Plieux un exil. Ils auront tort. Camus n’a pas fui l’agitation parisienne. Son château est un point vers lequel convergent et s’accumulent les époques. Il résiste à la marche du temps, se réinvente sans cesse. Sans faire grand bruit, son hôte aussi. Car Renaud Camus vit à voix basse. Rien ne le désole autant qu’une époque qui ordonne au coeur de hurler, qui sanctifie l’émotion pour mieux réduire le spectre des sentiments ; qui célèbre des bateleurs qu’elle qualifie de rebelles alors qu’ils sont les mille visages du conformisme. Quand le politique, pouvoir soumis volontairement à l’air du temps, court après le spectacle, et déborde de démagogie pour célébrer « l’idéologie du sympa », Renaud Camus voit poindre les prolégomènes d’un recul de la civilisation, d’un réensauvagement du monde.
Fils de la bourgeoisie de province, en l’occurrence celle de Chamalières, Renaud Camus voit le jour le 10 août 1946. Dans une famille catholique où l’on inculque, non sans amour, des valeurs à l’ancienne. Il donne du « vous » à sa mère, et trouve cela très bien. Bien sûr, il y a des histoires (son père est-il vraiment son père ?). Bien sûr, pour maintenir son rang, on vit à crédit. Car comme le lui dira un jour sa mère : « Si en plus de n’avoir pas un sou, on devait se priver… » Logique implacable.
Dès l’enfance, Camus se trouve donc en décalage. Il écrira en 1997, dans Derniers jours : « On m’a transmis dans l’enfance une grille de lecture du monde qui est tellement archaïque aujourd’hui, tellement abandonnée de toute part, si mal accordée à la pensée et au sentiment dominants, que d’y rester en grande partie fidèle ne me vaut et ne me vaudra que des ennuis, et d’abord une grande solitude intellectuelle et idéologique. »
Un diplôme de droit en poche, il monte à Paris en 1963. S’il y poursuit des études de sciences politiques, de lettres et de philosophie, la finalité de celles-ci lui semble très mystérieuse. Un plan ? Il n’en a pas. Il a vaguement songé à embrasser une carrière de diplomate. En Auvergne, il a surtout beaucoup lu, et d’abord les classiques, un peu écrit, et désormais il s’ennuie. Que faire ? Sa vocation d’auteur va germer lentement. Sa rencontre avec Roland Barthes, dont il suit le fameux séminaire au Collège de France, sera déterminante, de même que le sera celle avec Jean Puyaubert. Ce dernier, mécène et figure du Tout- Paris des années 1960-1970, l’introduit auprès de personnalités du monde artistique et intellectuel. Il fréquente également Duras, Aragon, Warhol… Le portraiturer en jeune mondain adulé des princes d’alors serait toutefois exagéré. Il y a aussi les voyages, cette échappatoire salvatrice ; la Grande-Bretagne et les Etats-Unis – ainsi que la France jusque dans ses profondeurs.
Son premier livre sort en 1975. Publié par Paul Otchakovsky-Laurens, Passage est un roman imprégné de l’esthétique du « nouveau roman », que Camus ne reniera jamais. Suivent ensuite, dans la même veine, Echange et Travers. L’écho médiatique de ces publications est confidentiel. En 1979, sa plume remue enfin les critiques. L’étincelle ? Tricks. Préfacée par Barthes, cette chronique, qui conte par le menu les aventures de l’auteur avec des garçons, accouche d’un petit scandale. Apôtre d’une homosexualité décomplexée, Camus assure n’avoir pas voulu choquer, encore moins commettre un acte militant. Mais la crudité des scènes amoureuses est là, et fait encore aujourd’hui de Tricks un texte sulfureux. Ainsi que – scandale oblige – le plus gros succès de librairie de l’auteur. « Mon petit best-seller », plaisante-t-il parfois.
Ce n’est pourtant pas faute d’avoir écrit et publié, et même de manière exponentielle. A partir des années 1980, il compose au moins un livre par an et jusqu’à cinq en 2009. Elargissant le champ de ses investigations, Camus se fait topographe lyrique avec son Journal d’un voyage en France (1981), signe un roman à la forme plus conventionnelle, Roman roi, et verse dans l’essai en 1985 avec Notes sur les manières du temps. Collaborateur de plusieurs magazines, auteur installé, il intègre cette même année la Villa Médicis. C’est à Rome qu’il lance la grande entreprise du Journal, future clé de voûte – avec la série des Eglogues – d’une œuvre déjà conséquente. Au fil de ses pages, s’entremêlent récit d’escapades, servitudes et grandeurs de la vie amoureuse, anecdotes – drolatiques, tragiques, ou insignifiantes – de la vie quotidienne. L’auteur y brasse encore idées et réflexions sur les sujets les plus divers et, ce faisant, trouve chaque jour de nouvelles raisons de moquer son époque. Fidèle à sa promesse de tout dire – ce qui ne signifie pas qu’il dise toute la vérité –, Camus s’y dévoile en sa crue nudité. Et ce qu’il voit dans le miroir n’est pas toujours plaisant… Si on lui dit, « impudeur », il tranche que, hors ce regard sans concession sur lui-même et ses amis, le Journal ne présenterait aucun intérêt.
Vivre de sa plume est une coûteuse chimère. Décidé à la poursuivre, Camus se condamne à une surproduction génératrice de contrariétés permanentes, à commencer par de byzantines négociations avec ses éditeurs. Le Journal offre un éclairage édifiant sur cette course aux contrats. Des missions ponctuelles pour le ministère de la Culture autorisent néanmoins l’auteur à multiplier les dépenses, à défaut de vivre comme un gentleman, et même à troquer, en 1992, son appartement parisien contre Plieux. Fanatique des paysages, il a été émerveillé par « l’horizontalité pure » du Gers. La contempler du haut d’une tour pluriséculaire, c’est encore mieux. Y organiser des expositions d’art contemporain, une folie.
C’est pourtant ce qu’il fait de 1993 à 1998, ornant les vastes salles du château d’oeuvres de Jean-Paul Marcheschi, Miró, Eugène Leroy ou Christian Boltanski. Il compose plusieurs textes sur l’art, tels le Discours de Flaran et Nightsound. Dans Esthétique de la solitude (1990), sans nier que l’art contemporain sécrète « force méchants canulars », il affirme y dénicher des beautés comparables à celles des siècles passés. Mais les voir exige de nous un « consentement » préalable. « Dans l’aimable morosité de nos jours, l’art est une pierre noire, un dépôt de nuit, un vademecum de l’ailleurs, un garant de l’inidentité », écrit-il.
Son retrait coïncide avec une nette radicalisation de sa pensée, au point de voguer vers une critique systémique de la modernité. Obsédé par l’idée de la perte, Camus s’affiche comme un défenseur résolu d’une civilisation qu’il voit disparaître sous ses yeux. Son Eloge moral du paraître (1995), puis le Répertoire des délicatesses du français contemporain (2000) témoignent de cette évolution. Supplicié par les euphémismes creux et les néologismes grotesques, le réel n’en reste pas moins l’unique vérité. La dérive orwellienne de la démocratie d’opinion est patente – intuition que partage en même temps Philippe Muray dans ses essais. Mais il manque encore à cette prise de conscience un cadre théorique. Peu à peu, Camus va le bâtir.
En 2000 cette nouvelle réalité intellectuelle et médiatique le rattrape. Dans la Campagne de France, Camus consacre un très court passage à une émission de radio, où il évoque une « surreprésentation » d’intervenants juifs. Cela suffit à déchaîner certaines plumes faisant profession d’« antifascisme ». Malgré une œuvre qui a toujours exalté l’apport de la culture juive à la culture française, malgré l’ardent soutien de nombreux intellectuels, dont Alain Finkielkraut et Emmanuel Carrère, Camus est excommunié et ses livres mis à l’index. Surtout, il est blessé et tente désespérément de saisir les motivations de ses ennemis.
Victime expiatoire de ceux qu’il nommera les « amis du désastre », Camus refuse de passer sous les fourches caudines de la doxa. Bientôt, il riposte. Par la plume. Avec Du sens, en 2002, il tance une Europe sans essence, sans identité, sans ambition, livrée à une immigration de masse. Avec la Dictature de la petite bourgeoisie, en 2005, il dénonce l’égalitarisme et la médiocrité ambiante. L’école, jouet préféré des démagogues, devient le bras armé de l’effondrement. Et tant pis si une génération entière, élevée dans le culte du diplôme pour tous, ne sait plus parler sa langue. En 2007, il s’en prend à l’antiracisme dogmatique, avec le Communisme du XXIe siècle. Enfin, en 2008, dans la Grande Déculturation, il va à rebours des discours sur la démocratisation de la culture, pour rappeler qu’il ne saurait y avoir de savoir sans héritage, sans filiation, sans intercesseurs. Que tout le monde n’est pas – et ne sera jamais – capable de voir la subtilité les toiles de Constable, des films de Visconti ou des symphonies de Sibelius.
De la théorie à la pratique, il n’y a qu’un pas. Que Camus – pourtant individualiste forcené – franchit en 2002, lorsqu’il fonde le Parti de l’In-nocence (qu’on pourrait traduire par Parti de la non-nuisance). La ligne générale ? Un conservatisme proche de celui de feu le MPF, doublé d’un intérêt marqué pour l’écologie. Pas de quoi soulever les foules, mais la certitude de s’exposer aux coups des élites progressistes.
Alors, pourquoi cet engagement ? « Parce que personne d’autre n’ose le faire », répond-il. Conscient que, depuis l’affaire qui porte son nom, un certain milieu refuse de voir en lui autre chose qu’un écrivain d’extrême droite, Camus a de toute façon brûlé ses vaisseaux. En novembre dernier, tandis qu’était publié l’Abécédaire de l’In-nocence, recueil de nombreux textes produits par ce parti depuis sa naissance, il annonçait son intention d’être candidat à l’élection présidentielle de 2012… Lamartine appréciera.
Qu’ils fassent l’impasse sur cet engagement, le jugent secondaire par rapport à son oeuvre, ou le soutiennent, les lecteurs de Camus sont toujours présents. On chuchote même qu’ils sont de plus en plus nombreux. Les volumes des Demeures de l’esprit rencontrent actuellement un joli succès. Loin, publié en 2009, a échappé de peu au grand prix du roman de l’Académie française. Et l’aurait mérité, tant Camus s’y révèle une fois encore grand styliste et parvient à capter magistralement l’air du temps. Ce temps qui ne l’aime peut-être pas, et qu’il n’aime pas beaucoup plus. Mais ce temps d’où est née une œuvre tour à tour furieuse et mélancolique, lumineuse et désespérée, en un mot complexe. A l’image de son auteur.
A lire Abécédaire de l’In-nocence Editions David Reinharc, 573 pages, 29 €; Kråkmo, Journal 2009 Fayard, 611 pages, 32 € ; Demeures de l’esprit - France III Nord-Est Fayard, 527 pages, 32 €.
http://www.lespectacledumonde.fr/index.php?option=com_content&view=article&id=426:portrait576&catid=48:portrait&Itemid=72
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Les mensonges de l'Histoire par Jean Sévillia
15/03/2011 14:46
Mars 2011 par Jean Sévillia Le dossier
Intitulée Merci à notre cher Staline pour notre enfance heureuse, cette lithographie soviétique de l’ère stalinienne rappelle un temps où la propagande s’affichait franchement. L’Histoire constituait, évidemment, un enjeu capital de cette propagande. L’Union soviétique est tombée il y a vingt ans, et pourtant l’Histoire est toujours manipulée. Mais, cette fois, en Occident, et singulièrement en France. Et, peut-être, de façon encore plus redoutable. A l’encontre des travaux des historiens, s’est, en effet, instauré un « historiquement correct », qui n’est que la transposition à l’Histoire du « politiquement correct ». Véhiculé par les médias, l’école et les institutions, celui-ci consiste à regarder le passé à travers les lunettes du présent. Non pour le comprendre, mais pour le juger.
Un des tout premiers à avoir dénoncé, dans un ouvrage retentissant, l’« historiquement correct », Jean Sévillia retrace, ici, les grandes étapes de ce phénomène.
La polémique aura duré plus de trois ans. Elle n’est sans doute pas terminée, mais le projet de la maison de l’Histoire de France semble, désormais, engagé de façon irréversible. Bien que guère réputé pour son goût du passé et sa culture historique, Nicolas Sarkozy demandait, peu après son élection à la présidence de la République, en 2007, la création d’un « centre de recherche et de collections permanentes dédié à l’histoire civile et militaire de la France ». Des rapports étaient commandés à Hervé Lemoine, un conservateur du patrimoine, puis à Jean- Pierre Rioux, un spécialiste du XXe siècle, qui posaient les bases du concept. En 2010, alors que divers sites avaient été envisagés pour la future institution (les Invalides, l’île Seguin, le château de Vincennes, le palais d e Fontainebleau…), il était annoncé que la maison de l’Histoire de France – tel est l’intitulé finalement retenu – verrait, en définitive, le jour en plein cœur du Marais, à Paris, sur le site actuel des Archives nationales, occupé par les hôtels de Soubise et de Rohan. Son ouverture est prévue en 2015.
Pourtant, un musée de l’Histoire de France existe déjà bel et bien. Et ce, depuis… 1867. Qui plus est, il est installé, depuis cette date, à l’hôtel de Soubise, parmi ces Archives nationales dont il présente au public une sélection aussi émouvante que pédagogique, illustrant, à travers les documents originaux exposés, quinze siècles de notre histoire. Un lieu véritablement magique, propre à éveiller en chaque visiteur l’amour du passé. Alors, pourquoi ce nouveau projet ? Quel objectif poursuivra-t-il ? Selon Jean- Pierre Rioux, il s’agit d’une « initiative républicaine », qui « exposera un panorama de notre histoire » et « valorisera et diffusera la recherche, y compris sur des questions taboues comme celle de la nation, de la patrie ».
Selon ses détracteurs, ce projet représenterait une « régression ». En premier lieu, parce que l’Etat n’aurait aucun rôle à jouer en matière d’histoire. En deuxième lieu, parce que conçu autour de l’idée de nation, ce nouveau musée instrumentaliserait à des fins politiques la notion d’« identité nationale » que Nicolas Sarkozy tenta de remettre au goût du jour en lançant sur ce sujet, à la fin de 2009, un débat qui tourna court.
Qu’il n’appartienne pas à l’Etat de décréter quelle est la vérité historique, c’est l’évidence. Les diatribes contre « l’histoire officielle » ont ceci d’hypocrite, cependant, qu’elles ignorent – ou feignent d’ignorer – qu’il a toujours existé une histoire officielle, en France, des origines du pays à nos jours. Soit de manière active, quand l’Etat diffusait consciemment une certaine vision du passé dans le but de légitimer son pouvoir. Soit de manière passive, quand l’Etat laissait s’installer dans ses rouages des réseaux décidés à utiliser leur position institutionnelle pour imposer une certaine interprétation de l’histoire, version devenue officielle à force d’être dominante. C’est dans ce dernier cas de figure que nous nous trouvons depuis de nombreuses décennies.
A l’échelle du temps, l’Histoire est une science récente. Oubliant Hérodote et Thucydide, le Moyen Age mêle la réalité et la fiction dans la relation du passé, amalgamant les personnages authentiques et les héros de la mythologie. La chronique historique est une mise en abyme de la parole divine : à travers la chrétienté, l’Histoire sainte se prolonge. A l’approche de l’an mil, on commence à écrire l’histoire des Francs (496, le baptême de Clovis), qui devient peu à peu l’histoire de France, parce que les moines de Saint-Denis, au XIIe siècle, épousent le dessein des rois capétiens, qui aspirent à relier leur couronne aux dynasties précédentes. A ces Francs sont attribuées des origines imaginaires, situées jusqu’à Troie.
Au Grand Siècle, du mythe troyen à l’héritage gaulois, le récit historique ne sort toujours pas du champ mythologique. La mise en scène, toutefois, vise bien à écrire la chronique de la nation. Significativement, au moment où l’on peut parler d’histoire de France, se précise également la géographie du pays : l’espace national répond à une définition (« le pré carré ») et à des limites mesurées et cartographiées, puis matérialisées par Vauban. Voulant faire table rase du passé « féodal » et liquider l’héritage chrétien de la France, la Révolution fait néanmoins appel à l’histoire, prétendant prendre exemple sur la République romaine et son culte de la « vertu ». Napoléon, lui, joue sur tous les tableaux, ses thuriféraires patentés ne craignant pas de le comparer à Alexandre le Grand.
Il a fallu attendre le XVIIIe siècle pour que, avec Mabillon et les moines mauristes, l’Histoire entre dans l’ère scientifique, en se fondant sur l’étude des preuves et des documents. Cette mutation met toutefois cent ans à entrer dans les faits. Au XIXe siècle, le genre historique est écrasé par l’héritage révolutionnaire, l’Histoire se donnant pour but soit de justifier la Révolution, comme chez Michelet, soit de la critiquer, comme chez Taine.
En ayant érigé l’université en organisme d’Etat, le Premier Empire a introduit l’enjeu politique dans l’enseignement de l’Histoire : l’attribution des grandes chaires de la Sorbonne devient un indicateur de la tendance qui prévaut dans les cercles du pouvoir. C’est vrai sous la Restauration, sous la monarchie de Juillet ou sous Napoléon III, mais plus encore sous la IIIe République. Jules Ferry, tout particulièrement, assigne une mission à l’école publique, désormais laïque : éradiquer les traces de l’Ancien Régime dans les mentalités populaires, convaincre des bienfaits du nouveau régime, détacher les Français de l’influence de l’Eglise. Mais c’est aussi pendant cette période que s’élabore le discours national-républicain, celui qui s’exprime dans le Petit Lavisse et qui sera pratiquement la version officielle de l’histoire jusqu’à la Seconde Guerre mondiale.
Ce roman national a ses limites, car il fait tourner l’histoire de France autour de la Révolution de 1789, conçue comme un événement eschatologique. Il possède cependant le mérite de fournir un cadre interprétatif cohérent du passé, aisément compréhensible par les enfants à qui l’on donne des dates à connaître par cœur et des figures à admirer : tout petit Français, quelle que soit son origine géographique, sociale ou religieuse, est ainsi incité à considérer Vercingétorix comme un de ses lointains aïeux. C’est un mythe, mais un mythe unificateur.
Après-guerre, cette version de l’histoire va voler en éclats, selon un processus étalé dans le temps, avec des décalages entre l’histoire savante et les programmes scolaires, entre la recherche et la vulgate médiatique, et sous l’effet d’évolutions idéologiques successives, parfois contradictoires, mais conduisant au même résultat : la remise en cause d’un passé national qui, non seulement n’est plus glorifié, mais se trouve mis au banc des accusés.
Première évolution, d’ordre historiographique, l’arrivée en force de l’histoire économique et sociale, sous l’influence de l’école des Annales, fondée avant-guerre par Marc Bloch et Lucien Febvre. Fortement marxiste au départ, cette école se diversifie ensuite en courants et sous-courants, pas tous adeptes de la lutte des classes comme grille d’analyse historique : certains privilégient même le jeu des mentalités et des représentations comme facteur explicatif du passé. Mais dans tous les cas, l’histoire économique et sociale comme l’histoire des mentalités ont pour conséquence de dévaluer l’événement au profit des structures sociales ou mentales. Les années 1950 signent ainsi la fin de l’« histoire-bataille ». Il faudra une bonne trentaine d’années pour que des chercheurs issus des Annales et devenus des pontes (Georges Duby, Emmanuel Le Roy Ladurie, Jacques Le Goff…), sans renier les apports de l’analyse économique et sociale, reviennent à l’histoire événementielle ou à la biographie.
La seconde évolution est d’ordre sociopolitique. Si, en France, les enseignants penchent à gauche depuis toujours, la tendance s’accentue à partir des années 1960, d’autant que la Ve République naissante a fait le choix d’abandonner à l’opposition les domaines de la culture et de l’éducation. Le corps professoral, dès lors, sert de caisse de résonance aux idéologies de l’époque : antifascisme, marxisme-léninisme, maoïsme, castrisme, anticolonialisme, tiers-mondisme…
Troisième évolution : après Mai-68 – mouvement pour l’essentiel d’essence individualiste et libertaire qui ébranlera le pouvoir gaulliste, mais aussi la toute-puissance du Parti communiste – et après l’écrasement du Printemps de Prague par les Russes, le modèle soviétique, déjà ébranlé en 1956, pâlit de plus en plus, jusqu’à s’effondrer en 1989. Le désenchantement face aux grandes idéologies messianiques et séculières impose un nouveau paradigme dans l’univers des idées : l’individu. L’échelle des valeurs se déplaçant, les références intellectuelles et morales vont désormais être les droits de l’homme, le multiculturalisme, l’antiracisme. Et la corporation des historiens, reflétant l’air du temps, va épouser cette évolution. 
D’où le phénomène de l’« historiquement correct », qui est un alignement de l’Histoire sur les oukases du « politiquement correct ». Défiant sciemment les lois de la science historique, cette tendance manie allègrement l’anachronisme en jugeant le passé selon les critères du présent : l’Inquisition ou les guerres de Religion, par exemple, sont analysées au nom de la liberté religieuse et de la liberté de conscience, concepts inconnus au Moyen Age comme au XVIe siècle. L’« historiquement correct » pratique ensuite le mensonge par omission : les Croisades sont ainsi vilipendées comme une agression contre le monde musulman, sans que soit rappelé que le but de la première d’entre elles était de rétablir la liberté pour les chrétiens de se rendre sur les Lieux saints, liberté qui leur avait été confisquée par les Turcs.
L’« historiquement correct » se caractérise donc par le manichéisme. Alors que l’historien doit normalement tout situer dans un contexte et mesurer le poids subtil des nuances et des circonstances, la complexité de l’Histoire se trouve ainsi gommée, réduite à l’affrontement binaire du bien et du mal et, qui plus est, un bien et un mal réinterprétés selon les codes contemporains : l’analyse de la colonisation ou des années d’Occupation en fournissent les exemples les plus patents. Dès lors, l’Histoire constitue un champ d’exorcisme permanent : plus les forces obscures du passé sont « anathématisées », plus il faut se justifier de n’entretenir avec elles aucune solidarité. Au nom de l’« historiquement correct », des personnages, des sociétés et des périodes entières sont ainsi diabolisés.
Ces derniers temps, de multiples cris d’alarme sont lancés au sujet de l’enseignement de l’histoire. Pour expliquer son effondrement, des causes d’ordre technique sont avancées qui ont toutes leur pertinence : diminution des horaires à l’école primaire comme dans le secondaire, absurdité des orientations pédagogiques opérées depuis trente ans – telle l’abandon de toute chronologie –, recul de la lecture, avec le réflexe zapping suscité par Internet. Tous ces facteurs ont leur importance, mais ne représentent qu’une partie de la question. Car la crise de l’Histoire déborde largement du monde de l’enseignement pour devenir un problème général de notre société, avec ses incidences politiques et culturelles.
En réalité, plus que d’une crise de l’Histoire, il s’agit d’une crise du lien social, d’une crise de la citoyenneté. Un citoyen est l’héritier d’un passé plus ou moins mythifié, mais qu’il fait sien. Jusqu’aux années 1960, on apprenait aux Français l’histoire de la France et des civilisations qui avaient marqué sa culture. Sous l’influence des évolutions évoquées plus haut, le rapport au passé revêt désormais d’autres contours.
Décolonisation, déchristianisation, immigration, mondialisation, relativisme des valeurs : sous les coups de boutoir de ces bouleversements successifs, la France, partie d’un modèle stato-national plaqué sur un vieux pays catholique, bascule dans un autre type de société, mais qui peine à se définir, ainsi qu’en témoigne la crise de nerfs qui a accompagné, il y a quinze mois, le débat sur l’identité nationale.
Il n’est nullement étonnant, dès lors, que les programmes scolaires, au collège, passent Clovis et Louis XIV à la trappe, tout en préconisant, au nom de l’« ouverture aux autres cultures », des cours sur la Chine des Han, l’Inde des Gupta ou l’empire africain du Monomotapa. Ce qui est tout simplement occulté, c’est que la première condition pour s’ouvrir aux autres est de se bien connaître soi-même, de savoir qui l’on est et d’où l’on vient.
Or, c’est précisément ce que demandent les Français, qui plébiscitent ce qui a trait au passé français. Il n’est qu’à voir le succès des spectacles historiques, la passion pour les musées d’histoire, l’engouement pour la généalogie, ou le triomphe des Journées du patrimoine. L’Histoire va mal, mais tout prouve que nos contemporains aiment savoir de qui ils descendent. Pour soigner la crise de l’Histoire, il ne faudra donc pas seulement des circulaires ministérielles, mais aller au fond du problème. Qui sommes-nous ? D’où venons-nous ? Où voulons-nous aller ? Ce sont des questions éminemment politiques : l’Histoire n’appartient pas aux seuls spécialistes.
A lire Historiquement correct, de Jean Sévillia, Perrin/Tempus (2005), 452 pages, 12 €.
http://www.lespectacledumonde.fr/index.php?option=com_content&view=article&id=424:dossier576&catid=29:dossier&Itemid=55
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Semaine de la langue française 2011 sous le signe du slam ! (En attendant un pétomane géééénial.) .Semaine de la langue française 2011 sous le signe du slam !
15/03/2011 14:36
Mercredi 9 mars 2011 a eu lieu le lancement en France de la Semaine de la langue française et de la francophonie au ministère de la Culture. Le thème de l’année dernière : le mouvement, celui de cette année : les « mots qui nous relient ». Et un même moyen d’exprimer les dix mots mis à l’honneur : le slam.
Déjà convié à la Semaine de la langue française 2010, le slam confirme son succès et s’invite cette année dans les salons de la République française. Après un discours du ministre Frédéric Mitterrand, on allait entendre Grand corps malade, figure emblématique de la scène slam et parrain de la Semaine de cette année. Tout un symbole !
Pourquoi le slam mis à l’honneur ?
Bataille de poésie, tournoi de mots et joute oratoire pour amoureux de la langue, le mouvement né à Chicago dans les années 80 a beaucoup à voir et à conter pour célébrer la langue française. Défini comme un art a cappella qui oppose plusieurs concurrents selon des règles précises, il n’est pas un genre musical (rien à voir avec le rap donc), mais bien un moyen de faire partager ses textes et démocratiser la poésie. Dans un bar à Belleville ou au théâtre de l’Odéon à Paris (comme lors de la Semaine de l’année dernière), n’importe qui peut se lancer.
Le slam s’installe dans le paysage de la langue française !
Le succès rencontré par les diverses manifestations de l’année dernière autour du slam ont convaincu les organisateurs de la Semaine de l’intérêt de s’allier le slam de manière pérenne. En témoignent les deux affiches officielles prévues : celle des dix mots qui relient et celle du slam qui s’invite. Ciné-slam, slam et cirque, slam et contes : notre art oratoire s’allie cette année d’autres arts vivants !
C’est donc tout naturellement que Grand Corps Malade, qui a fait connaître le slam en France à un large public, a été choisi comme parrain cette année. Si ses disques ne peuvent plus à proprement parler se réclamer du slam, puisque enregistrés en studio et en musique, la poésie de ses textes demeure !
Ministère de la Culture, rue de Valois à Paris
Dans l’antichambre des salons du ministère, on retrouve Grand Corps Malade dans un fauteuil, détendu et souriant, qui bavarde avec un pote.
Brouhaha d’avant discours, dans un décor de lustres et dorures, avec vue sur le Palais royal. Une petite estrade et un pupitre avec micro accueille Frédéric Mitterrand pour son discours de lancement. Et l’on y apprend que le ministre lui-même s’est essayé au slam ! C’est une vraie tendance qui se dégage.
S’ensuit un joli slam de Grand Corps Malade, autour du père et de la mère avec moult jeux de mots (père courage perdure/père dur?, mère-veilleuse éphé-mère), sans notes du jury ni concurrents, mais sans musique ni fioritures. Si le slam est invité par les institutions, il garde son âme de poète et son naturel.
Fêter la langue française en slamant, mais aussi apprendre le français en slamant, c’est ce que nous vous proposons dans un dossier spécial slam que nous lançons à cette occasion sur le site langue française.
Les dix mots qui nous relient : accueillant, fil, avec, cordée, harmonieusement, agapes, réseauter, chœur, complice, main.
Marine Bechtel
http://fle.blogs.rfi.fr/article/2011/03/10/semaine-de-la-langue-francaise-2011-sous-le-signe-du-slam
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Côte d’Ivoire : les combats s’étendent dans Abidjan .Pendant ce temps nos élites s'occupent de gloser sur la Lybie & tant pis pour les français qui sont à Abidjan .
15/03/2011 14:33
Crise ivoirienne -
Article publié le : mardi 15 mars 2011 - Dernière modification le : mardi 15 mars 2011
Côte d’Ivoire : les combats s’étendent dans Abidjan
Des habitants d'Abidjan quittent le quartier d'Abobo, théâtre de combats depuis plusieurs jours, le 13 mars 2011.
AFP/ISSOUF SANOGO
A Abidjan, la zone des combats s'étend désormais en dehors d'Abobo. Les insurgés favorables à Alassane Ouattara qui, depuis plusieurs semaines, infligent de lourdes pertes humaines et matérielles aux forces pro Gbagbo commencent à sortir de leur fief. Lundi 14 mars 2011, ils ont notamment lancé une attaque dans la commune d'Adjamé.
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Notre dossier spécial : Crise en Côte d'Ivoire
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Le commando n'est plus « invisible » et il ne se limite plus à Abobo. Depuis lundi, l'insurrection menée par des éléments des forces nouvelles et des soldats ralliés déborde sur d'autres quartiers de la métropole ivoirienne et ses opérations se rapprochent du cœur du pouvoir. Lundi après-midi, les combattants pro Ouattara ont effectué une percée vers le sud, sur la commune d'Adjamé en lançant une attaque sur le camp de la compagnie républicaine de sécurité de Williamsville. En début de soirée, les assaillants se sont finalement repliés sur leur fief et selon des habitants d'Abobo, les FDS procédaient lundi soir à des tirs d'obus de mortier sur certaines parties de la commune. Attaque contre la résidence du chef d'état-major Plus tôt dans la journée, c'était Yopougon qui avait été réveillé par des tirs nourris. Dans cette commune majoritairement favorable à Laurent Gbagbo, une certaine confusion régnait lundi mais une chose est sûre : des hommes en armes ont mené une action à l'aube non loin d'une des résidences du Général Mangou.
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Quartiers d'Abidjan touchés par la crise politique ivoirienne
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S'agissait-il d'une opération de représailles, d'un avertissement adressé par les insurgés au chef d'état-major des armées de Laurent Gbagbo après l'attaque sur Abobo de ce samedi ? Certains le pensent mais d'autres sources évoquent des conflits internes entre forces loyales au pouvoir en place. Impossible à vérifier ; la bataille qui se joue actuellement pour le contrôle du pouvoir est aussi une guerre de communication.
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Éoliennes : ces Normands qui disent non(à la laideur & à l'entregens des industriels de la branche)
15/03/2011 14:29
Éoliennes : ces Normands qui disent non
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Au Tréport, à Fécamp, sur la presqu’île du Cotentin et à Arromanches, haut lieu du débarquement de Normandie, les associations se mobilisent, plus que jamais : « Les élus locaux nous disent que les éoliennes ne seront pas plus visibles que des têtes d’épingle, et qu’elles amèneront du tourisme, il faut être un peu sérieux, ironise Hervé Texier, habitant du Calvados et vice-président de la Fédération environnement durable (Fed). Comment voulez-vous qu’on ne voie pas cent machines de près de 200mètres de haut, à 10 kilomètres, avec les pales qui tournent au soleil, et leur reflet sur l’eau ! Ces éoliennes de 5 mégawatts sont beaucoup plus grandes que les terrestres de 2,5 mégawatts. »
Une opinion partagée par Gérard Lecornu, président de l’association Port Winston Churchill : « Lorsqu’on est sur la table d’orientation de la falaise d’Arromanches, on voit parfaitement Le Havre, en face, qui se trouve pourtant à 52 kilomètres ! Quant aux vestiges du port artificiel construit par les Alliés, ils font 18 mètres de haut et se trouvent à 2 kilomètres de la côte, et on les voit parfaitement, même par forte mer quand ils n’émergent plus que de 2mètres ! ».
Si le projet de parc au large de Courseulles-sur-Mer (Calvados) se concrétisait, Arromanches se trouverait au beau milieu d’un complexe de machines de 150 mètres de haut : « Leur visibilité sera évidente de quatre plages du Débarquement, Omaha, l’américaine, Gold et Sword, les anglaises, et Juno, la canadienne : ce sont pourtant des lieux de mémoire, qui doivent être protégés, respectés et sanctuarisés, et ensuite la présence de ces éoliennes serait complètement incompatible avec la demande en cours de classement des plages au patrimoine mondial de l’Unesco. »
En Angleterre et au Canada, les vétérans du Débarquement s’inquiètent, et le risque de voir diminuer le flot de 2 à 3 millions de visiteurs annuels est réel : « L’enjeu, c’est l’industrialisation de notre littoral, continue Gérard Lecornu, on parle aussi d’installations de transport d’électricité à terre. »
Les écologistes de l’association Robin des bois Manche expriment les mêmes craintes dans un communiqué du 25 janvier dernier : « Pendant les futures enquêtes publiques, Robin des bois sera attentif aux études d’impact sur les oiseaux, les mammifères marins, les poissons et les organismes fixes, et aux effets cumulés sur les écosystèmes dus aux fondations, à la construction, à la pose des câbles sous-marins, à leur atterrage, pendant la phase de fonctionnement et après l’arrêt de l’exploitation. La convention Ospar pour la protection du milieu marin ne compte pas moins de vingt deux risques potentiels que l’énergie éolienne off-shore fait courir à la bio diversité et aux ressources halieutiques. »
Cité par la Voix du Nord du 17 février, Pierre-Georges Dachicourt, président du Comité national de la pêche, fait le même constat.
Pour lui, les installations off-shore impacteront gravement les activités nautiques, et surtout la pêche : « Ces parcs éoliens représenteront certes dix mille emplois sur deux ans, mais ils ne créeront ensuite que cinquante emplois directs, contre des centaines d’emplois perdus à la pêche. Il faut savoir qu’un emploi à la mer, c’est quatre emplois à terre et on est en train de passer au-dessus de ça, on a oublié les hommes pour faire plaisir à quelques “bobos” parisiens qui veulent s’offrir un idéal. Dans ces projets, la sécurité en mer est elle aussi bafouée, il n’y a que 800 mètres de bâbord à tribord d’une éolienne. Il faut donc se faire à l’idée qu’il va falloir envisager pas mal d’opérations de sauvetage. »
Un risque confirmé par Hervé Texier : « Les éoliennes vont perturber les radars et les GPS. J’ai travaillé en océanographie, la Manche est une mer difficile et dangereuse pour les petits bateaux. On ne peut pas mettre des récifs en béton et faire du chalut à côté… » Vladimir de Gmeline
À lire également sur valeursactuelles.com Éoliennes : la contre-offensive, par Christine Murris
http://www.valeursactuelles.com/actualit%C3%A9s/%C3%A9conomie/mobilisation-ces-normands-qui-disent-non20110310.html
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Églises en péril : comment les sauver (quand on érige des tinettes en oeuvres d'art ?)
15/03/2011 14:18
Patrimoine. Des associations se battent pour éviter la destruction de leur église.
Églises en péril : comment les sauver
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De plus en plus, elles échappent à la destruction grâce à l’action d’habitants soucieux de préserver leur mémoire religieuse.
Bientôt des villages sans clocher ? Une centaine d’églises seraient menacées, selon Benoît de Sagazan, l’animateur du site Patrimoine-en-blog. Ce sont souvent des édifices du XIXe siècle qui n’éveillent guère l’intérêt des esthètes et qui sont rarement classés. Selon Alain Guinberteau, créateur des sites 40000clochers.com et clochersenperil.com, « 2 à 3% des clochers sont en grand danger, mais il y en a beaucoup d’autres qui sont en train de dépérir ». « C’est le manque d’entretien qui est coupable : après deux décennies d’abandon, forcément, les travaux coûtent beaucoup plus cher », estime Didier Rykner, de La Tribune de l’art (www.latribunedelart.com).
Depuis la loi de séparation des Églises et de l’État, en 1905, ce sont les communes qui doivent prendre en charge les édifices religieux construits avant cette date. Et de plus en plus de conseils municipaux jugent leurs églises coûteuses. Des associations se battent pour éviter la destruction de leur église. « La baisse de la pratique religieuse met en péril les édifices qui restent fermés pendant des années », précise Béatrice de Andia, présidente de l’Observatoire du patrimoine religieux (www.patrimoine-religieux.fr). Son organisme a décidé de solliciter ses milliers de sympathisants pour créer un inventaire du patrimoine religieux car personne n’est capable de dire combien notre pays compte de clochers. Il vient aussi d’annoncer la création d’un fonds de dotation pour aider ceux qui veulent sauver églises, chapelles et monastères en péril.
Car les Français tiennent à leurs églises même s’ils ne sont pas des fidèles très assidus. À Abbeville (Somme), l’église Saint-Jacques est fermée pour des raisons de sécurité depuis 2005. Michelle Delage a créé le Collectif Saint-Jacques, qui réunit 150 adhérents. Elle n’est « pas du tout pratiquante », mais elle veut continuer à voir “son” église se dresser dans le quartier : « Elle nous rappelle à nos devoirs, on se souvient de ce qu’on nous a enseigné autrefois, de ce qu’est le christianisme, même si tout n’est pas parfait ; on se souvient que la charité, ça existe… » À Plounérin (Côtes-d’Armor), Nadine Grison a fondé son association en mars 2010 pour défendre l’église de son village : « Je ne suis pas catholique, mais j’ai quitté Paris pour retrouver une vie qui ait du sens. Ici, les cloches rythment la vie. Les habitants sont tous enterrés autour de l’église. Si on détruit l’église, c’est tout ceci qu’on laisse mourir. »
À Allennes-les-Marais (Nord), les habitants ont pu aller à la messe de Noël dans leur église Saint-Nicolas. Quelques mois auparavant, rien n’était acquis. Entre 2004 et 2007, la Mairie a restauré cet édifice du XIXe siècle. Hélas, en juillet 2009, un incendie a réduit ces travaux à néant. Les habitants ont créé l’association des Amis du patrimoine Saint-Nicolas et le conseil municipal a accepté de relancer des travaux de grande ampleur. «On s’est retrouvé à une dizaine, se rappelle Bernard Morel, le président. Des bricoleurs… Dès qu’on a eu un peu d’argent, on a acheté du matériel. La mairie s’occupe des gros travaux de restauration ; nous, on aide. » L’église est celle de son baptême, de son mariage et de celui de ses enfants. Dans son association se côtoient « une moitié de gens qui vont à la messe et les autres qui n’y vont jamais ».
C’est à coups de procédures et de pétitions que ces associations se battent. À Gesté (Maine-et-Loire), l’église Saint- Pierre-aux-Liens n’est plus entretenue depuis 1995. En 2007, le conseil municipal a voté la démolition pour en construire une nouvelle « en forme d’œuf », s’afflige Alain Durand, secrétaire de l’association Mémoire vivante du patrimoine gestois. Son arme : un recours devant le tribunal administratif. La municipalité répond par des chiffres : la rénovation serait estimée à 3millions d’euros et le nouveau projet à seulement 1,35 million.
À Plounérin, Nadine Grison a organisé un référendum : « 60% des habitants ont approuvé la rénovation au lieu de la destruction. » L’association Une église pour Arc-sur-Tille, en Bourgogne, s’est battue pendant vingt ans (lire notre entretien). Dès le départ, elle a affiché sa volonté d’aider la Mairie en réunissant des fonds. Pour une petite commune, les budgets de restauration sont conséquents.
“Nos élus ne sont pas motivés, alors nous les stimulons”
À Colonard-Corubert, dans l’Orne, Jean-Marie Foliot, secrétaire de l’association Les Trois Clochers, note : « Notre commune a un budget annuel de 250 000 euros et trois églises. Le refus de l’État de désaffecter l’église du XVIe siècle a sauvé cet édifice : le conseil municipal a finalement accepté d’engager la restauration de sa toiture, grâce au don d’un mécène. Dé sormais, ce sont les travaux de la deuxième église, du XIe siècle, qui nous mobilisent. La direction régionale des affaires culturelles (Drac) peut prendre en charge 40 à 50 % mais il faut trouver le reste… » À Savigny (Manche), Agnès et Jean-Claude Lemesle ont compris qu’il fallait prendre les choses en main. « Nos élus n’étaient pas tous très motivés, alors nous les stimulons. » En 2009, une tranche de travaux a été financée à hauteur de 20 % par leur association.
Ces responsables associatifs ne se laissent pas impressionner par les chiffres qu’alignent les élus. À Valanjou, dans le Maine-et-Loire, René Cottenceau a entrepris de sauver l’église Saint- Martin de Joué : « S’il fallait faire tous les travaux de restauration en une seule fois, il faudrait 1,5 million d’euros ; or, on peut les échelonner sur plusieurs années ; la démolition de l’église coûterait, elle, un million d’euros d’un coup », affirme-t-il. Le flou règne tout autant à Abbeville : « Nous estimons le coût total des travaux à 4,2 millions. Le maire, lui, annonce une fois 10 millions, une fois 6 millions », note Michelle Delage. Jean-Marie Hemerlé, adjoint au maire chargé du projet, explique : « Une première étude a estimé à 5 millions la restauration partielle ; nous allons commanditer une nouvelle étude mais, pour la rénovation totale, il faut plutôt tabler sur 10 millions ou plus. »
Les “sauveteurs” d’église aimeraient parfois être plus soutenus par la hiérarchie catholique : « Le curé ne prend pas position, regrette Michelle Delage. Il dit qu’il trouve démesuré de mettre autant d’argent dans des travaux alors que des enfants meurent de faim. » Christophe Lauvergeon, délégué de l’Observatoire du patrimoine religieux dans le Maine-et-Loire, constate : « Les prêtres et les fidèles ont pris l’habitude de changer d’église chaque dimanche et n’ont plus un attachement très fort à celle de leur village. Et puis, quand il y a le choix entre une vieille église à entretenir et une autre en meilleur état, tout le monde préfère, en général, l’option du confort. »
Le père Norbert Hennique, directeur du service national d’art sacré de la Conférence des évêques de France, regrette un manque d’entretien coupable mais admet certaines solutions radicales : « Il y a parfois dans une commune deux églises, pas forcément des chefs-d’œuvre. Je comprends qu’un maire hésite quand il a le choix entre la réparation de la toiture d’une de ces églises et la construction d’une école. »
Mgr Bernard Podvin se veut rassurant : « Nous veillons à ce qu’aucune décision aveugle ne soit prise. Nous nous inquiétons pour les populations : une église en mauvais état, c’est le signe d’une baisse de la pratique religieuse, d’un manque de vocations sacerdotales et d’une vie locale qui s’éteint. Les grands saints évangélisateurs étaient soucieux de la dignité des édifices. »
Ces paroles ne sont pas toujours suivies d’effets. À Colonard-Corubert, Jean-Marie Foliot regrette : « Le curé dessert douze clochers et n’est plus très jeune. C’est sûr que c’est épuisant. Deux de nos églises ne sont desservies qu’une fois par an, et la troisième ne l’est plus du tout. Or, une église non desservie pendant six mois peut être désaffectée à la demande du conseil municipal. Pourtant, il pourrait y avoir plus de célébrations, par des prêtres de passage par exemple, si le curé et l’évêque l’acceptaient. »
Par leur persévérance, ces laïcs, catholiques ou non, peuvent remporter la bataille. À Abbeville, le trou de la toiture va être réparé et l’édifice sécurisé. Le 15 février, le maire a même annoncé qu’il était contre toute démolition. «Mais il faut voir avec de nouvelles études si l’église peut vraiment être restaurée. Rien ne dit qu’une décision de destruction ne devra pas alors être prise », confie Jean-Marie Hemerlé.
À Arc-sur-Tille, André Fanjaud n’est pas près d’oublier le conseil municipal du 6 décembre 2010 : une majorité des élus a voté en faveur de la restauration. Pour son association, c’est le résultat de vingt ans de mobilisation. Bénédicte Fournier
À lire également sur valeursactuelles.com Le témoignage d'André Fanjaud à Arc-sur-Tille : "Le clocher, symbole de nos racines"
http://www.valeursactuelles.com/actualit%C3%A9s/soci%C3%A9t%C3%A9/eglises-en-p%C3%A9ril-comment-sauver20110310.html
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Lampedusa en veine ce 15 mars: arrivée de 1600 nouveaux clandestins
15/03/2011 14:05
Posté par Novopress dans Europe, Politique, Société le 15 mars 2011 |
15/03/11 – 11h00 ROME (NOVOpress) – A peine quelques heures après la visite éclair de Marine Le Pen venue « attirer l’attention » des médias et des politiques sur la « grave situation » de l’île de Lampedusa, tête de pont de la submersion migratoire nord-africaine, de nouvelles embarcations ont débarqué plus de 1600 immigrés clandestins supplémentaires.
Au total, la capitainerie a recensé 21 bateaux arrivés depuis hier et transportant un total de 1623 personnes dont six femmes et six enfants. Le commandement de la capitainerie a constaté une « intense activité de débarquements qui a nécessité l’assistance constante des garde-côtes et de la police et diverses opérations de secours ».
Par ailleurs, 35 immigrants partis de Tunisie et qui se dirigeaient vers Lampedusa sont portés disparus depuis que leur navire qui transportait au total 40 personnes a chaviré hier peu après avoir quitté le port tunisien de Zarzis.
Cinq des naufragés ont pu être secourus par un autre bateau qui partait aussi pour l’Italie, selon leurs récits à l’agence italienne Ansa. A Zarzis, ni la police ni l’armée n’ont pu confirmer un éventuel naufrage, mais selon un pompier interrogé, un navire de la marine tunisienne est parti sur la zone possible de l’incident.
[cc] Novopress.info, 2011, Dépêches libres de copie et diffusion sous réserve de mention de la source d’origine [http://fr.novopress.info]
Revoir la vidéo « Ben Ali est parti, restez en Tunisie ! », la manifestation des identitaires niçois du 01/03/2011 avec les explications de Philippe Vardon sur la déferlante migratoire.
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