Le Mistral, à quai depuis lundi matin au port de Zarzis en Tunisie, repartira sans réfugiés. Mais sa cargaison de fret humanitaire reste la bienvenue.
Personne sur les quais de Zarzis. À part quelques dockers. Alors qu’on s’attendait à voir des centaines d’Égyptiens hébétés par la fatigue, pas un seul candidat au rapatriement vers Le Caire n’attendait le Mistral lundi matin à son arrivée dans le port du sud tunisien.
À bord tout était pourtant paré. Jusque tard dans la nuit de dimanche à lundi, les marins et les soldats embarqués sur le BPC s’activaient encore à installer plus de 900 lits de camps, et à disposer consciencieusement sur chacun d’eux une couverture et une bouteille d’eau. Tout ça pour rien.
130 m3 de fret humanitaire
Très vite lundi matin, avant même que le deuxième plus gros bâtiment de la Marine française, après le porte-avions Charles-de-Gaulle, n’accoste, la rumeur a commencé à circuler dans les coursives du bateau.
"Il paraît qu’on embarquera personne", lâche, incrédule, un jeune sous-officier. Un rapide tour au pont 5, dans le hangar hélicoptères transformé en immense chambre, semble confirmer l’information. Avec beaucoup moins d’entrain que la veille, forcément déçus, les jeunes officiers-élèves commencent à remballer les couchages.
Une fois à quai, après quelques minutes de flottement, d’ultimes réunions avec les représentants du ministère des Affaires étrangères et les autorités consulaires égyptiennes en Tunisie, l’information ne fait plus aucun doute. Le Mistral n’embarquera pas un seul ressortissant égyptien. Sans tourner au fiasco, l’opération humanitaire a carrément moins de gueule.
Devant les médias, le lieutenant de vaisseau Thierry Delorme, porte-parole de l’opération, tente de donner le change. "Le bâtiment était à l’heure au rendez-vous. Paré à évacuer 800 à 900 personnes. Elles ne sont pas là, mais on reste à la disposition des autorités consulaires égyptiennes."
"La crise est loin d'être terminée"
"Le point positif est que le pont aérien entre la Tunisie et l’Egypte fonctionne bien. Le négatif est que la frontière avec la Libye a été verrouillée et que pas mal de gens sont vraisemblablement coincés du mauvais côté. Pour nous, la priorité maintenant est de décharger les 130 m3 de fret humanitaire qui seront utiles à nos amis tunisiens pour améliorer les conditions de vie dans les camps de réfugiés."
À la question d’une journaliste - "Le Mistral n’arrive-t-il pas un peu tard?" -, le capitaine Delorme répond par la négative : "La crise est loin d’être terminée. Le fret humanitaire sera toujours le bienvenu dans la région. Le Haut-commissariat des nations unies pour les réfugiés a tiré la sonnette d’alarme récemment sur les risques d’épidémie dans les camps."
Cap sur le canal de Suez
Olivier Chouquet, la chargée des relations presse du secours islamique français, confirme. "Le camp de la Chucha, d’une capacité de 20.000 personnes, en abrite déjà 18.000. Pour l’essentiel des Bangladais, des Pakistanais, des Sub-Sahéliens. Pour l’instant, les tentes sont en nombre suffisant, la situation est sous contrôle, mais des problèmes sanitaires vont se poser très vite. Les 12.000 couvertures et les 5.000 jerricans que l’on a récupérés sur le Mistral vont nous être très utiles."
D’ici là, le Mistral sera probablement très loin. Le capitaine de vaisseau Xavier Moreau, commandant du bateau, prévoyait d’appareiller hier soir pour le canal de Suez qu’il doit passer mi-mars. "Tant mieux si les Egyptiens ont pu rentrer très vite chez eux, mais l’équipage qui avait tout préparé avec ses tripes est forcément déçu. Mais si on nous demande de le refaire, on le refera."
Pour comprendre ce qui se passe actuellement en Libye, sans doute convient-il de relire Intrigo Internazionale du juge Rosario Priore (voir Flash n° 43). Dans cet ouvrage, celui qui a eu en charge à la fois l’instruction de l’assassinat d’Aldo Moro et celle de la tentative d’attentat commise, en 1981, contre Jean Paul II, dévoile la réalité d’un conflit occulté entre les puissances occidentales autour de la Méditerranée et du Proche-Orient.
«Nous avons été en guerre sans que les simples citoyens le sachent», affirme le magistrat, en soulignant que « l’hégémonie sur la Méditerranée et le contrôle des sources énergétiques ont placé l’Italie en collision avec l’axe américano-britannique qui n’a pas supporté son rapport privilégié avec la Libye ». Et de raconter comment les Italiens ont soutenu, en 1969, le coup d’État du colonel Kadhafi à Tripoli avec comme résultat que « les Libyens fermèrent immédiatement les bases britanniques et américaines et expulsèrent les militaires de ces deux pays. (…) L’Italie devint tout de suite le principal partenaire économique de Kadhafi tandis que les Britanniques, en perdant la Libye, se retrouvèrent de facto boutés hors de la Méditerranée. Ils cherchèrent sans tarder à reprendre ce qu’ils avaient perdu. Sans succès, car l’Italie protégeait le régime de Kadhafi ». Ainsi, en 1971, ce sont les services secrets italiens qui firent échouer une tentative de coup d’État anti-Kadhafi suscitée par le MI5.
Les impérialistes ayant la mémoire longue, et la vengeance étant un plat qui se mange froid, le « printemps arabe » qui agite actuellement le Maghreb et le Machrek, est l’occasion pour les puissances anglo-saxonnes de tenter de reprendre la totalité du pouvoir qu’elles avaient perdu à Tripoli à l’avantage de l’Italie et de faire ainsi coup double après avoir quasiment mis un terme, via la révolution de Jasmin, à l’influence française en Tunisie.
À l’aune de cette analyse, il convient donc de relativiser tout ce que nous pouvons voir, lire ou entendre…
Ainsi en est-il des crimes de Kadhafi qui justifieraient une enquête de la Cour pénale internationale. La répression exercée, de manière « virile » convenons-en, des manifestations de l’opposition a fait, selon diverses sources, avant que la situation n’évolue vers une semi-guerre civile, de 300 à 1.000 morts. « Le régime de Mouammar Kadhafi a bafoué les normes internationales et la morale élémentaire. Il doit être tenu comme responsable », s’est empressé de déclarer Barack Obama qui a oublié que le pays qu’il préside a été la cause directe de 650.000 à 1.000.000 de décès en Irak…
Irak, où, comme en Afghanistan, les troupes de l’Oncle Sam bénéficient de l’aide d’un grand nombre de « chiens de guerre » pudiquement présentés comme des contractors. Or, ces contractors deviennent soudain des « mercenaires » quand ils servent comme auxiliaires dans l’armée régulière libyenne. Pire, les médias ne se gênent pas pour insister sur l’appartenance de ces malheureux à la race noire, comme s’il s’agissait, soudain, d’un échelon particulier et pire que tous les autres dans l’abjection du mercenariat où il y aurait les bons (les contractors « caucasiens » ou asiatiques de l’US Army) et les salauds (les mercenaires Noirs ou Serbes de la Jamahiriya).
Quand à la situation à Tripoli on nous l’a décrite comme un véritable enfer sur terre où une population toute entière acquise aux opposants se terrerait chez elle pour échapper aux meurtrières milices kadhafistes. Mais quand un journaliste français – Bernard Bisson du Journal du Dimanche – a pu se rendre sur place il a témoigné : « Tripoli ne donne pas l'impression d'une ville en guerre, comme j'ai pu en voir de nombreuses dans ma carrière. Avant de rencontrer Kadhafi, nous avons couvert une manifestation de ses partisans. Il JDD 6 mars 2011).
On pourrait encore citer l’analyse par les médias de la personnalité de Mouammar Kadhafi. Celui-ci est présenté urbi et orbi comme un malade mental et nombre de ses travers – allant de ses gardes du corps féminines à sa manière de se vêtir – sont mis en avant pour le tourner en dérision. S’il est un fait que le Libyen est sans doute pour le moins mégalomane, il est permis de se poser une question simple : ne souffrirait-il pas d’une pathologie courante chez les puissants, car, au fond, par exemple (et il ne s’agit que de deux exemple parmi un grand nombre d’autres), est-il réellement plus caricatural que Silvio Berlusconi, et ses lubies sont-elles vraiment plus étranges que celles de cheikhs faisant construire des stations de ski dans les dunes du désert sous le soleil de l’Arabie ?
En 2004, Mouammar Kadhafi, dont le régime avait jusqu’alors financé et armé tout ce que la planète pouvait compter de groupuscule subversifs et hostiles au Nouvel ordre mondial, se livra à un spectaculaire changement de politique et d'orientation. Il offrit au « Grand Satan » américain, comme le relate Éric Roulleau dans Le Figaro du 1 mars dernier, de renoncer au terrorisme et à la fabrication d'armes nucléaires, en échange de quoi il sollicitait la neutralité bienveillante de Washington à son égard. Elle lui fut accordée. Depuis ce compromis, le commerce americano-libyen avait plus que décuplé. Mais l’Italie était restée le véritable allié, Silvio Berlusconi ne cachait pas sa relation amicale, qu’il qualifiait « d’intimes », avec le colonel et la péninsule dépendait de la Libye pour la quasi-totalité de son approvisionnement en pétrole. De plus la Jamahiriya était devenue la frontière avancée de l’Europe contre le péril migratoire et jouait ce rôle à la perfection.
D’où la surprise, sans doute aussi réelle que jouée, du colonel devant le retournement de la situation et l’ingratitude européenne. D’où aussi ses menaces précises : s’il tombe ce sera le chaos, une immigration comme le vieux continent n’en a encore jamais connue, de graves difficultés pour l’approvisionnement en pétrole et une instabilité politico-militaire telle que nous aurons l’équivalent de la Somalie sur le flanc sud de notre continent.
La situation est considérée comme si sérieuse par certains que Grigori Melamedov, analyste de l’agence RIA Novotsi, s’interrogeant sur les éventuels scénarios à venir évoquait, le 1 mars dernier, aussi bien une évolution « à la Yougoslave » avec une intervention militaire, d’une manière ou d’une autre, de l’OTAN, que « l’ouverture de négociations secrètes avec Kadhafi l’aidant à rester au pouvoir en échange de quelques concessions de sa part en faveur de l’opposition. » Le journaliste russe ajoutant avec cynisme : « Le reste est une affaire de technique. Les médias pourront exagérer l’importance des concessions obtenues en déclarant que sous la pression de la communauté mondiale le chef de l’Etat libyen a écouté son peuple. Ce n’est pas à nous d’apprendre aux leaders politiques mondiaux comment accomplir ce genre de démarches. »
On le voit l’avenir est ouvert dans le golfe des Syrtes et il n’y a nul doute que nous aurons de multiples occasion d’y revenir.
Laurent Wauquiez vilipendait récemment Dominique Strauss-Kahn, lâchant à son propos un lapidaire « c’est Washington », et soulignant combien la mondialisation qu’il prône est sans « saveur », et « se joue dans des grandes capitales internationales », contrairement à celle de Sarkozy, dont la mondialisation en voit de toutes les couleurs, en savoure toutes les saveurs, en hume tous les bouquets d’odeurs, bien qu’il soit connu que l’argent n’en a pas.
A ce propos, un autre diction populaire vient de suite aux lèvres : « C’est l’hôpital qui se fout de la charité ».
Si l’on écoutait ces gens, qui se veulent proches du peuple d’en bas, de la France profonde, quitte à lui emprunter le parler relâché que les habitants des beaux quartiers mettent volontiers dans sa bouche quand ils veulent s’encanailler (« c’est pas la Haute-Loire »), on les croirait sortis de quelque affiche néo-pétainiste, au grand dam d’une gauche ravie d’enfiler son rôle « résistant » dans cette pièce éculée qu’on nous joue depuis la fin de la dernière guerre.
L’écart semble si béant, entre le discours et la réalité, qu’on en resterait béat. Sarkozy n’est-il pas, à sa grande satisfaction, appelé « Sarko l’Américain » ? Depuis toujours n’a-t-il pas juré que par ce qui se passait outre-atlantique, prenant comme modèle le projet civilisationnel du Nouveau monde, son individualisme cynique, son admiration de la loi du plus fort, son matérialisme naïf, son rejet de la sophistication européenne, son culte du fric roi ?
Alors, Mammon ou Dieu ?
Sarkozy s’est sans cesse présenté comme un Chrétien, un catholique fervent, bien que toute sa personne, ses mœurs, ses habitudes, ses goûts, ses alliances laissent un sentiment de doute. Mais, rétorquera-t-on, ce ne serait pas la première fois qu’un homme d’importance, un dirigeant, s’éloigne dans sa pratique des principes de sa foi. Cela s’est vu dans notre histoire, et ce n’est certes pas la peine d’en faire un fromage. Pour ne pas s’étendre sur ce sujet des relations entre l’action, pétrie de compromis, et le for intérieur, qui est une question personnelle, et, éventuellement, entre le croyant et son confesseur, s’il en a un, résumons en disant que Sarkozy est un catholique qui a pris au sens littéral, dans son acception la plus forte et la plus concrète, la plus charnelle, l’affirmation de Pie XI qui soulignait les racines juives du christianisme. Certes, mais au-delà des signes d’évidente sympathie pour le peuple élu, qui dépassent les simples paroles, pourquoi cette débauche de signes en direction de l’Eglise ? Pourquoi s’être rendu de façon aussi spectaculaire, en décembre 2007, au Vatican, accolé par l’humoriste Bigard et le curé blouson noir Gilbert (pour faire « cour des miracles », sans doute), avoir processionné à la basilique Saint- Jean- de- Latran, en devenir chanoine d’honneur, contrairement à Chirac qui avait refusé d’assister, à Reims, à la messe de Jean-Paul II ?
On pourrait à ce compte réactualiser le Roman de Renart, et désigner du doigt la duplicité du goupil, qui se pare volontiers de la pelisse du pèlerin.
Justement, le rabbinagrobis était dernièrement au Puy, l’un de ces lieux sacrés d’où partaient pour Saint Jacques de Compostelle les pénitents de jadis. Occasion pour récidiver dans les patenôtres et autres tropes attendues : « La chrétienté nous a laissé un magnifique héritage de civilisation - président de la République laïque, je peux dire cela - et le premier devoir est de conserver et restaurer cet héritage » Nicolas Sarkozy, faut-il le rappeler, est le président d’une république, dont l’esprit républicain a été depuis longtemps, comme la colombe du Saint-Esprit, flingué par les « modernistes », les « contemporains », ces nouveaux barbares, terriblement efficaces, derrière les pas desquels aucune herbe ne repousse, qui ne se soucient du « patrimoine » que s’il sert au tourisme, qui voient les identités comme des costumes folkloriques parant les stands d’un immense parc d’attraction mondial, qui souscrivent donc au déracinement universel, au projet d’infantilisation économique global, pour lequel le passé, et singulièrement la « Vieille Europe », est à l’origine d’un Mal, d’un péché dont il faut absolument se défaire pour parvenir au grand Soleil de l’utopie consumériste, inodore, incolore et mortellement abstrait.
On ne comprend pas alors quel jeu est celui de Sarkozy, et on est tenté de se demander s’il n’est pas partisan, par exemple, à la suite des néocons américains, d’un christianisme occidentalisé agressif, conquérant, d’un improbable fondamentalisme à la française, d’une espèce d’évangélisme à la sauce gauloise.
On pourrait croire alors que la revendication sans complexe d’un enracinement dans la « France des terroirs » vise avant tout à « siphonner » des voix de Marine Le Pen, bien que cette dernière se réclame d’une laïcité clairement assumée. Quel est alors la finalité de la manœuvre, quand on saisit par exemple la lourde allusion à une restauration de la cathédrale du Puy, qui a été financée à hauteur de 8 millions d’euros par l’État ?
Dans le même temps, Copé a promis que l’UMP présenterait «des solutions» sur la laïcité et la place de l’islam. On sait que la question centrale qui grève ce « débat » est l’existence de la loi de 1905, dite de « séparation de l’Eglise et de l’Etat », qui interdit le financement par les pouvoirs publics d’édifices à caractère religieux. Or, la construction de mosquées en France présente des problèmes quasiment insolubles, étant donné le nombre de musulmans pratiquants dans le pays et cette impossibilité législative de les pourvoir de lieux de cultes.
Les tartufferies de notre président ne viseraient-elles pas à préparer les esprits à une révision de la loi de laïcité, en se garantissant du côté des catholiques ?
Depuis une génération, les fondements de notre société subissent une pression religieuse sans précédent. L’islam frappe à toutes les portes de la République et s’efforce de pénétrer notre arsenal juridique pour obtenir un droit de cité de plus en plus large. Nous aurions tort de ne pas prendre garde à ce phénomène, car son développement risque de bouleverser ce qui fait l’essence de la France.
À l’époque gallo-romaine, le christianisme a supplanté les vieilles croyances païennes, mais cette évolution spirituelle s’est faite de l’intérieur, contrairement à ce qui se produit aujourd’hui. La deuxième religion de France est totalement importée. Pour des raisons historiques, d’abord, du fait de la décolonisation ; par maladresse, ensuite, en accordant la nationalité française selon des procédures automatiques aux enfants de parents étrangers nés sur notre sol ; par la mise en place, enfin, de politiques d’immigration qui ont facilité l’accès à notre territoire de populations en majorité musulmanes.
L’effet de masse a fait le reste. Des revendications inconnues jusqu’ici se manifestent, les unes derrière les autres, jamais en bloc. Elles ne procèdent probablement pas d’une manoeuvre délibérée, mais leur succession constitue un piège qui fonctionne à merveille, car il nous contraint à réagir au coup par coup. On mesure bien la fragilité de la riposte, qui s’exprime par des mesures d’interdiction, souvent difficilement applicables. Si l’école a su faire respecter la réglementation du port du voile, c’est parce que l’opposition à cette marque ostentatoire de religion a fait l’objet d’un large consensus, notamment au sein du monde enseignant, vigilant gardien de la laïcité. D’autres sujets, comme le port de la burqa ou la construction de lieux de culte, sont sources de débats et il faudra du temps pour que la justice dégage une jurisprudence qui s’imposera à tous les tribunaux, lesquels tranchent aujourd’hui dans des sens divers.
Si nous pensons faire front en élevant des barrières juridiques chaque fois que nos fondements culturels et politiques sont menacés, nous échouerons, car elles sauteront toutes les unes après les autres, par difficulté à les faire appliquer. Nous serons victimes de nos propres règles, tout bonnement parce que la pratique de l’islam, si éloignée de nos moeurs enracinées dans la morale judéo-chrétienne, exigera, au nom des libertés fondamentales, le droit à la nourriture halal, le droit à la pratique traditionnelle du culte à l’école et sur les lieux de travail, le droit pour un musulman d’obtenir la garde d’un enfant issu d’un couple mixte, conformément à la loi musulmane, etc.
On commence à faire appel à un islam de France, en se fondant sur l’organisation cultuelle mise en place ces dernières années. Idée cartésienne bien de chez nous, mais sans efficacité et sans avenir. L’influence du Conseil français du culte musulman sera toujours limitée, puisque l’islam, échappant à toute structuration hiérarchisée, est étranger à nos formes d’organisation. Rien ne garantit en outre son invulnérabilité à des idéologies venues de l’extérieur.
Pendant ce temps, la charia gagne du terrain dans les banlieues, dans certains milieux éducatifs, dans l’entreprise, dans le commerce, avec ces chaînes de distribution et d’alimentation qui s’adaptent à la demande d’une clientèle musulmane, quand elles ne la précèdent pas. On ne sert plus de porc dans les avions, car il est plus simple de procéder ainsi que de proposer deux menus. On tend à banaliser la pratique d’exception, par commodité, sans s’apercevoir qu’elle devient la norme. Qui peut croire que nous pouvons continuer sur cette voie sans dommage pour l’équilibre de notre société ?
Il faudra bien dire que ces dérives sociales ne sont pas compatibles avec l’ordre public français, celui qui exprime l’état de nos moeurs, en évolution constante et dont il revient au juge de préciser le contenu. Rôle redoutable, confié aux magistrats, alors que le bloc de l’institution judiciaire montre des fissures qui ne doivent s’élargir à aucun prix.
Alors, que faire ? Commençons par faire preuve de lucidité. Notre politique de la ville est un désastre qui a englouti des milliards d’euros. Des associations ont alimenté avec l’argent du contribuable un esprit communautariste au lieu de favoriser l’intégration, à défaut de l’assimilation. Nous voilà avec des centaines de milliers de Français malgré eux, qui, à ce titre, présentent une force revendicative que nous aurons du mal à contenir, et une immigration clandestine dont le poids est à redouter.
Un coup d’arrêt s’impose pour dire clairement que la charia est incompatible avec nos principes républicains et notre culture héritée de deux mille ans d’histoire. Sans doute faudra-t-il préciser, en ranimant les vertus de la laïcité, les conditions dans lesquelles la religion musulmane peut être pratiquée sur le sol national.
Tâche délicate, mais si nous ne le faisons pas, nous devrons vivre dans une autre France, et nombreux seront ceux qui ne l’accepteront pas.
Il sera alors trop tard pour le regretter.
Claude Valleix, préfet honoraire, et Pierre Mérand, procureur général e.r.
Placements financiers, plus-values immobilières, emplois à domicile, investissement locatif… Malgré les promesses de stabilité, la note augmente pour la quasi-totalité des contribuables.
PLUS-VALUES IMMOBILIÈRES Le taux d’imposition forfaitaire des plus-values de cession passe de 16 % à 19 %. Ces plus-values subissent aussi l’alourdissement des prélèvements sociaux à 12,3 %, ce qui porte la taxation globale à 31,3 %. L’exonération progressive liée à la durée de détention du bien est finalement maintenue (la plus-value est réduite de 10 % par année de détention au-delà de la cinquième, ce qui permet une exonération totale à compter de la quinzième année). La cession de la résidence principale reste, pour l’instant, exonérée d’impôt sur les plus-values.
PLUS-VALUES SUR VALEURS MOBILIÈRES Les plus-values sur les valeurs mobilières seront taxées au même taux que les plus-values immobilières, soit 19 %, contre 18 % l’an dernier. Elles sont désormais taxées dès le premier euro. Le seuil de déclenchement de l’imposition, fixé à 25 830 euros de cessions en 2010, est supprimé. Faible consolation, les moins-values sont déductibles dès le premier euro.
Quant aux prélèvements sociaux sur les revenus du capital (plus-values sur valeurs mobilières, dividendes, ren-dements des fonds en euros…), ils passent de 12,1 % à 12,3 %. Au total, les plus-values mobilières seront donc taxées à 31,3 %. Les dividendes peuvent, au choix, être soumis au prélèvement libératoire à 19 % ou soumis à l’impôt sur le revenu. Si l’épargnant opte pour cette possibilité, il ne bénéficie plus du crédit d’impôt sur les dividendes, qui est supprimé. Attention, à compter du 1er juillet 2011, les fonds en euros des contrats d’assurance vie sont soumis aux prélèvements sociaux chaque année et non plus au dénouement du contrat.
NICHES FISCALES Plafond en baisse, diminution de l’avantage fiscal : une vingtaine de niches portant sur l’investissement immobilier, les équipements en faveur du développement durable… sont concernées. Elles subissent une baisse de 10 % du taux du crédit d’impôt. Pour les dépenses d’isolation des murs, le crédit d’impôt passe de 25 % à 22 %. Il est en outre instauré un plafond au mètre carré de dépenses déductibles. Pour les panneaux photovoltaïques, le crédit d’impôt tombe de 50 % à 22 % à compter du 1er janvier. Pour éviter le cumul des niches, le plafond par foyer fiscal s’établit à 18 000 euros plus 6 % du revenu imposable (contre 20 000 euros et 8 % en 2010). Aucune niche n’étant franchement supprimée, le système se complique encore davantage.
INVESTISSEMENTS LOCATIFS Le dispositif Scellier n’échappe pas au coup de rabot. L’investisseur qui achète un logement agréé “bâtiment basse consommation” (BBC) bénéficie d’une réduction d’impôt de 22 % (contre 25 % si l’acte d’achat a été signé avant la fin mars). Pour un logement non BBC, la réduction d’impôt est ramenée à 13 % (contre 25 % en 2010 et 15 % jusqu’à la fin mars). En outre, les plafonds de loyers auxquels sont soumis ces logements sont abaissés entre 14 % et 26 % selon les zones géographiques, à l’exception de Paris et d’une trentaine de villes d’Île-de-France. À noter : le dispositif Demessine, qui permettait de financer l’acquisition de résidences de tourisme dans les zones de revitalisation rurale, disparaît.
EMPLOI A DOMICILE Pour les employés à domicile dont les salaires étaient déclarés par l’employeur sur la base réelle du smic (et non sur la base forfaitaire), l’abattement de 15 % sur les charges est supprimé. Le crédit d’impôt de 50 % sur les salaires des emplois à domicile est en revanche maintenu.
IMPÔT SUR LE REVENU La tranche la plus élevée (revenus supérieurs à 70 830 euros) voit son barème porté de 40 % à 41 %. Ce point supplémentaire, justifié par le financement de la réforme sur les retraites, ne sera pas déductible dans le calcul du bouclier fiscal si celui-ci est maintenu.
ISF Le seuil de déclenchement de l’ISF a été porté de 790 000 à 800 000 euros de patrimoine personnel. La première tranche, de 800 000 à 1 310 000 euros, est imposée à 0,55 % et la plus haute, au-delà de 16 790 000 euros, à 1,80 %. Le montant des réductions pour investissement dans les PME est plafonné à 50 % des sommes investies, contre 75 % auparavant. Autre durcissement, le plafond des réductions pour ces investissements dans les PME et pour les dons est abaissé de 50 000 à 45 000 euros.
Passé l’euphorie des révolutions, retour à la réalité : une “bombe migratoire” est amorcée en Afrique du Nord. Enquête.
Il serait naïf de croire que les révolutions qui embrasent depuis deux mois les rives sud de la Méditerranée n’auront pas de répercussions sur les pays du Nord. Au-delà des petites répliques politiques dans tel ou tel pays obligé d’ajuster sa stratégie ou de changer de ministre ou d’ambassadeur, ce séisme arabe modifie en profondeur une situation déjà instable. Il aggrave le risque des migrations clandestines.
Alors que le régime du colonel Kadhafi agonise dans la violence et que la Tunisie et l’Égypte connaissent les premiers soubresauts de toute période postrévolutionnaire, l’Europe mesure le risque de déficit d’État en Afrique du Nord. Cette sympathique libération des énergies signifie en effet un affaissement des contrôles étatiques sur la maîtrise des flux migratoires sud-nord, la dégradation des politiques de coopération nouées avec l’Europe sur ce dossier. Le ménage actuel est porteur d’espoir. Le vide annonce aussi l’insécurité. Franco Frattini, le ministre italien des Affaires étrangères, parle d’un « risque d’exode biblique » : « Dix fois plus que les Albanais en 1991. »
Les Tunisiens, les Égyptiens, les Libyens et bien d’autres se libèrent pour des lendemains meilleurs. Ils veulent rebâtir leur pays. Ils regardent aussi ailleurs et leurs rêves de liberté n’ont pas de frontière. Il suffit de les écouter, à Tunis, à Alexandrie, au Caire, à Benghazi, à Tobrouk. Les plus impatients savent que la vie meilleure n’est pas pour tout de suite. Certains ont pris les devants, à l’image des 6 300 clandestins (dont 6 100 Tunisiens) arrivés à la mi-février sur l’île italienne de Lampedusa. Des jeunes en âge de travailler : la plupart ont dit qu’ils préféraient venir vite s’enrichir en Europe plutôt que de passer des années à rebâtir leur pays.
En quelques semaines, ce flux sur Lampedusa a dépassé la totalité des arrivées de 2010. « Il ne faut pas s’y tromper, c’est une avant-garde », confirment tous les responsables de police et d’immigration, en Italie et en France. Une partie des clandestins arrivés en Italie s’est déjà évanouie dans la nature. Les arrestations se multiplient aux postes- frontières français, en alerte renforcée. L’escadron de gendarmerie mobile de Menton a reçu des renforts.
Le terme d’“avant-garde” est une réalité. La carte tenue à jour par l’agence européenne Frontex le prouve. Le nord de l’Afrique abrite des concentrations de clandestins, une “bombe migratoire” qui commence à faire peur aux pays méditerranéens de l’Union européenne. Du Maroc à l’Égypte, deux à trois millions de migrants clandestins attendent un hypothétique passage vers le nord de la Méditerranée.
Ces malheureux vivent, parfois depuis des années, dans la plus grande précarité, soumis à toutes sortes de vexations de la part des autochtones. Leur rêve de l’eldorado européen est pourtant le plus fort. Certains sont parqués dans des camps placés sous le contrôle des services de police. D’autres s’entassent dans les bidonvilles à la périphérie des grandes villes.
Les États autocratiques des Kadhafi, Ben Ali, Moubarak avaient un avantage aux yeux de l’Europe, ce qui explique aussi la “politique des yeux fermés” : ils fixaient sur place ces centaines de milliers de clandestins. La défaillance actuelle des États fait craindre le pire. Elle va faciliter la reprise des trafics des candidats à l’immigration, de l’Afrique noire vers le Maghreb, à travers le Sahara, puis du Maghreb vers l’Europe, à travers la Méditerranée.
L’Italie est en première ligne. Sa petite île de Lampedusa n’est qu’à 160 kilo-mètres de la Tunisie, à portée de barque des moins intrépides. Jusqu’en 2008, le volume d’immigrés clandestins accostant en Italie n’avait fait que croître. Les efforts de la marine italienne et du dispositif européen commun Frontex parvenaient à fermer la porte mais les fenêtres de la maison Europe restaient largement ouvertes.
L’ampleur du flux migratoire conduisit l’Italie à un rapprochement spectaculaire avec la Libye en 2008. Tripoli offrit à Rome de fermer le “robinet migratoire” par des mesures drastiques contre les clandestins, bloqués manu militari dans une vingtaine de camps de transit. Silvio Berlusconi présenta d’abord les excuses officielles de son pays « pour les massacres et la répression contre le peuple libyen durant l’occupation coloniale ». Il s’engagea aussi à verser 3,6 milliards d’euros à la Libye, payant ainsi le chantage exercé par le colonel Kadhafi.
Ratifié en mars 2009, ce pacte italo-libyen eut un effet immédiat. Le flux de clandestins venus de Libye tomba de 21 000passages en 2008 à 403 en 2010 ! Mais les filières d’émigration se reportèrent aussitôt vers l’est. La Turquie devint le principal point de regroupement et de passage des clandestins africains et asiatiques en route vers l’Eu - rope de l’Ouest, par la Grèce, trop laxiste.
Cet effet mécanique immédiat illustre la réalité de la “bombe migratoire” restée amorcée en Afrique du Nord, particulièrement en Libye, avec ses 1 770 kilomètres de côtes, facilement accessibles aux boat people visant l’Italie. Ce risque migratoire vient de s’aggraver, car il concerne aujourd’hui deux types de populations, ce qui n’était pas le cas jusqu’aux révolutions arabes.
Aux deux à trois millions de migrants clandestins entassés au nord de l’Afrique, s’ajoutent en effet les centaines de milliers de jeunes Tunisiens, Égyptiens et Libyens “libérés”, pressés d’émigrer.L’aventure est maintenant facilitée par le relâchement des contrôles étatiques locaux. Les vedettes libyennes et tunisiennes n’ont plus quitté leur port depuis des semaines. En Algérie aussi, beaucoup de jeunes rêvent en regardant la mer… Ils portent même un nom : les harragas (“ceux qui brûlent” leurs papiers).
Une réunion de crise s’est tenue le 23 février à Rome. Roberto Maroni, le ministre italien de l’Intérieur, avait invité cinq de ses homologues européens de la zone Méditerranée. Maroni a parlé de sa crainte d’une « catastrophe humanitaire », citant des chiffres confirmés par ses partenaires : « 2,5 millions de migrants en Libye, dont environ 300 000 qui voudraient émigrer dans des délais relativement rapides. »
Les solutions existent. Elles passent par la stabilisation rapide de ces pays et la consolidation de leur État. L’aide de l’Europe se porte en ce moment sur l’urgence humanitaire aux frontières de la Libye. Il s’agit de fixer les clandestins sur place, puis d’aider les États concernés à les rapatrier chez eux.
Quinze sémaphores français fonctionnent 24 heures sur 24
L’Europe dispose aussi de l’agence européenne Frontex, créée en octobre 2004 pour coordonner la gestion opérationnelle à ses frontières extérieures. Frontex a déjà donné de bons résultats : 165 700 détections de franchissements irréguliers de frontière en 2009, en hausse de 50 à 75 % ! Il faudra sans doute renforcer son budget (88 millions d’euros, en augmentation de 360 % depuis 2006) et ses effectifs (281 personnes).
La marine française participe de façon active à ce dispositif, notamment depuis l’affaire du East Sea, ce cargo qui avait débarqué une cargaison de clandestins sur la côte varoise, en 2001, dans un scénario digne du Camp des saints de Jean Raspail. Cette mobilisation a permis de rénover tous les sémaphores qui jalonnent la côte française, du cap Béar (Pyrénées-Orientales) au cap Ferrat (Alpes-Maritimes) et Pertusato (Corse-du-Sud). Quinze fonctionnent “H24” (en permanence), dont cinq en Corse. De grands drones et des satellites de surveillance seront peut-être un jour mobilisés pour faire face à cette menace (lire ci-contre).
Les pays les plus concernés réclament un effort particulier à l’Europe : « Nous souhaitons l’établissement d’un fonds spécial de solidarité destiné aux pays qui supportent les principaux flux migratoires. » L’harmonisation des politiques d’accueil sera aussi à l’ordre du jour de ces prochains mois.
« La solidarité au sein de l’Union se fait sur une base volontaire », rappelait la commissaire chargée des Affaires intérieures, Cecilia Malmström. Cela devrait donc prendre du temps. L’urgence n’est pas vécue de la même façon partout. Les immigrés clandestins ne se bousculent pas pour aller s’installer en Europe du Nord ou de l’Est… Frédéric Pons
Comment le FBI, le PS et Estrosi ont mis le Net sous surveillance
08/03/2011 17:23
Comment le FBI, le PS et Estrosi ont mis le Net sous surveillance
Le décret sur la "conservation des données de connexion" est la conclusion logique d’une dérive sécuritaire entamée il y a 10 ans maintenant, au lendemain des attentats du 11 septembre 2001. En voici l'histoire.
A 5 ans, j'ai gagné un poste TV. A 15, je voulais faire du ciné. A 17, je lançais un fanzine, underground. A 20, une revue, expérimentale. A 25, un journal gratuit, sur les "arts de l'écran". A 28, je découvrais le Net. Journaliste internet depuis 1999, j'enquête sur la montée en puissance de la société de surveillance, la façon qu'ont internautes et hackers de défendre nos libertés, et fais partie du pôle DataJournalism d'OWNI. Depuis la fin de Transfert.net, j'écris aussi sur InternetActu.net, LeMonde.fr (Bug Brother), Facebook & Twitter.
Vous imaginez une démocratie où la loi oblige les opérateurs de transport en commun et sociétés autoroutières à installer mouchards et caméras pour garder la trace, pendant un an, des endroits que les gens ont visités, de comment ils y sont allés, des personnes qu’ils ont rencontrées, et de ce qu’ils ont pu échanger ou partager ? Ce pays, c’est la France de 2011.
Un décret publié au JO le 1er mars contraint les fournisseurs d’accès à l’internet, les hébergeurs et prestataires de services web et de réseaux sociaux à conserver les données permettant d’identifier qui sont les gens qui vont sur l’internet, ce qu’ils y font, quand, et comment.
Ce décret Big Brother “relatif à la conservation des données de nature à permettre l’identification de toute personne physique ou morale ayant contribué à la création d’un contenu mis en ligne“, est la conclusion somme toute logique d’une histoire commencée il y a près de 20 ans et qui s’est formidablement accélérée au lendemain des attentats du 11 septembre 2001.
Une demande pressante du FBI
L’histoire de la surveillance des internautes commence en 1993, alors que le web est en train d’exploser. En juin de cette année, on dénombrait 130 sites Web, et 623 en décembre. Les premiers navigateurs, Lynx, puis NCSA Mosaic, font exploser les usages, qui croissent à un rythme annuel de 341 634 %.
Cette même année, les autorités américaines commencent à mener une intense activité diplomatique afin de persuader les pays européens et l’OCDE de déployer des mesures de surveillance et d’interception des télécommunications, sous les auspices d’une organisation d’experts européens et américains, ILETS (pour Interception Law Enforcement Telecommunication Seminar).
Fondée par le FBI, son existence fut révélée par Duncan Campbell, dans le rapport que le parlement européen lui avait demandé de consacrer, en 1999, au réseau Echelon anglo-saxon d’interception des télécommunications.
Ses travaux débouchèrent, en 1995, sur l’adoption d’une résolution européenne relative à l’interception légale des télécommunications, largement inspirée du Communications Assistance to Law Enforcement Act (CALEA) américain, adopté en 1994, là aussi à l’initiative du FBI, afin d’imposer aux compagnies téléphoniques et aux fournisseurs d’accès internet de modifier leurs infrastructures pour faciliter la surveillance des réseaux.
Dans la foulée, ENFOPOL (pour “ENFOrcement POlice“), groupe de travail réunissant les ministères de l’intérieur des pays membres de l’Union considéré par certains comme la réponse européenne à l’organisation anglo-saxonne ECHELON, tente de définir les modalités techniques et standards de cette surveillance préventive des télécommunications.
Après avoir notamment proposé d’imposer la communication aux autorités des mots de passe des internautes, ou encore la présences de “backdoors” (portes dérobées) dans les logiciels et systèmes de cryptographie, le Parlement européen décida finalement de s’opposer à la conservation des traces de connexion, en juillet 2001, au motif que cela reviendrait à “donner carte blanche dans l’intrusion dans la vie privée des citoyens, en dérogation des droits de l’homme et des libertés fondamentales“, comme le rapporta alors ZDNet :
Le comité du Parlement européen a notamment précisé que des mesures de surveillance électronique doivent être «entièrement exceptionnelles, basées sur une loi spécifique et autorisées par une autorité judiciaire compétente dans le cas de personnes individuelles». Toute forme de surveillance électronique sur une large échelle devrait être interdite, tranche le comité.
“Légalité républicaine” vs “ère du soupçon”
Deux mois plus tard, les attentats du 11 septembre 2001 allaient tout changer, dans le monde entier, entraînant nombre de pays à renforcer leurs boîtes à outils sécuritaires, au nom de l’anti-terrorisme.
En France, le gouvernement socialiste qui, depuis 1997, cherchait à border la droite sur le terrain de la lutte contre l’”insécurité“, modifiait ainsi dans l’urgence son projet de loi relative à la sécurité quotidienne (LSQ), pour notamment contraindre les fournisseurs d’accès à l’internet à stocker, pendant un an, les traces (“logs“) de ce que font les internautes sur les réseaux, et ce quand bien même il n’a jamais été formellement prouvé que les terroristes avaient utilisés le Net pour communiquer (voir Terrorisme : les dessous de la filière porno).
De nombreuses associations avaient alors dénoncé des “mesures d’exception” instaurant une ère du soupçon faisant de tout citoyen un “présumé suspect” qu’il convenait de placer, par principe, sous surveillance.
Signe de la fébrilité des parlementaires, le sénateur socialiste Michel Dreyfus-Schmidt avait d’ailleurs vendu la mèche, avec un lapsus lourd de sous-entendus admettant que la France sortait du cadre de la “légalité républicaine” :
« Il y a des mesures désagréables à prendre en urgence, mais j’espère que nous pourrons revenir à la légalité républicaine avant la fin 2003 ».
Conscient du fait que les législations anti-terroristes se doivent d’être sévèrement encadrées, l’article 22 de la LSQ précisait en effet que les mesures anti-terroristes rajoutées en urgence dans la foulée des attentats, et donc ce placement sous surveillance des internautes, ne devaient courir que jusqu’au 31 décembre 2003, date à laquelle un “rapport d’évaluation sur l’application de l’ensemble de ces mesures devait permettre au Parlement de statuer sur leur prorogation, ou non.
Quand l’exception devient la norme
Le Parlement n’eut pas le temps de demander ni d’examiner quelque rapport d’évaluation que ce soit. Le 21 janvier 2003, un amendement déposé par Christian Estrosi, après avis favorable de Nicolas Sarkozy, à son projet de Loi sur la sécurité intérieure (LSI, ou “Loi Sarkozy II“), dont il était le rapporteur, grave dans le marbre, sans aucun débat et en moins d’une minute, le principe de surveillance préventive des internautes. Verbatim :
M. Christian Estrosi, rapporteur. Prorogation ou pérennisation ? Dans l’article 17 du projet du Gouvernement, il n’est question que de proroger. Dans mon amendement, par contre, je propose de pérenniser certaines des dispositions visées, celles qui touchent à la conservation et au déchiffrement des données informatiques, c’est-à-dire à l’utilisation des nouvelles technologies de l’information et de la communication par la cybercriminalité.
Je vous ai soumis précédemment un amendement tendant à instituer de nouveaux délits pour donner à la police des moyens d’action dans la lutte contre la cybercriminalité et les réseaux qui s’y rattachent.
Il me paraît justifié de profiter de l’examen de cet article pour pérenniser des dispositions qui seront de plus en plus utiles à l’avenir, aux forces de l’ordre pour mener à bien leurs investigations en matière de lutte contre toutes les formes de trafics : drogue, armes, pédophilie, prostitution, blanchiment d’argent.
M. le président. Quel est l’avis du Gouvernement ? M. le ministre de l’intérieur, de la sécurité intérieure et des libertés locales. Favorable. M. le président. Je mets aux voix l’amendement n° 86. (L’amendement est adopté.) “
Avec l’adoption de l’amendement Estrosi, soulignait ainsi la Ligue Odebi dans ses Logs pour les nuls, “la mesure d’exception consistant initialement à enregistrer tous les faits et gestes des internautes à des fins de lutte anti-terroriste, pour les mettre à disposition de l’autorité judiciaire, est devenue une mesure définitive, donc totalement séparée de l’existence ou non d’une menace terroriste“.
Extension du domaine des écoutes
En 2004, la loi pour la confiance dans l’économie numérique LCEN) étend l’obligation de conservation des données de connexion aux hébergeurs et responsables des sites et services web, qui doivent détenir et conserver “les données de nature à permettre l’identification de quiconque a contribué à la création du contenu ou de l’un des contenus des services dont elles sont prestataires“.
En janvier 2006, la loi relative à la lutte contre le terrorisme (LCT), présentée par le ministre de l’intérieur, Nicolas Sarkozy, élargit l’obligation de conservation des “données de trafic” aux cybercafés, et prévoit de permettre aux services anti-terroristes de pouvoir y accéder en dehors de tout contrôle de l’autorité judiciaire, mais après avis d’une personnalité qualifiée placée auprès (et dépendant) du ministre de l’intérieur.
Le 15 mars 2006, une directive européenne sur la conservation des données définit la liste de ce que les fournisseurs de services de communications électroniques doivent logguer, suivie, en France, le 24 mars 2006 d’un décret “relatif à la conservation des données des communications électroniques“. Les FAI et les opérateurs de téléphonie sont désormais tenus de pouvoir tracer et identifier :
la source et l’utilisateur de chaque communication
son ou ses destinataires
la machine utilisée pour communiquer
le type, la date, l’heure et la durée de la communication
les “données relatives aux équipements terminaux de communication utilisés (et) aux services complémentaires demandés ou utilisés et leurs fournisseurs“
la géolocalisation des équipements de communication mobile utilisés.
En 2007, le ministère de l’intérieur mettait en place, en toute discrétion (dixit Le Figaro) et entre les deux tours des présidentielles, une nouvelle plate-forme d’interception, en temps réel, des données de connexion des mails et des textos, à l’intention des services de renseignement :
Qu’il s’agisse d’un appel sur mobile, d’un courriel envoyé par Internet ou d’un simple texto, les « grandes oreilles » de la République peuvent désormais savoir qui a contacté qui, où et quand.
“L’internet est un moyen de se cacher”
Problème : de plus en plus de connexions sont chiffrées, empêchant les grandes oreilles de savoir qui fait quoi sur les réseaux, comme l’expliquait l’an passé Bernard Barbier, “directeur technique” de la Direction Générale de la Sécurité Extérieure (DGSE).
A son arrivée dans les services spéciaux en 1989, “l’objectif, c’était le téléphone” : des numéros, localisés et limités en terme de relais d’informations (fax, télex ou voix), à bas débit (”un million de communications simultanées, c’est pas beaucoup pour nous”), et rarement chiffrés. Le recours à la cryptographie servait d’ailleurs d’alerte, car seuls les diplomates, les militaires ou les services secrets chiffraient leurs communications, “et notre job était de les casser, et on devait traiter entre 100 et 1000 documents par jour”.
Aujourd’hui, la couverture en téléphonie mobile est quasi-mondiale, le débit a considérablement changé (de l’ordre de 1 milliard de communications simultanées), et de plus en plus de services et de flux sont chiffrés (BlackBerry, Skype, Gmail -depuis l’attaque des Chinois), sans même que l’utilisateur ne s’en rende compte et, à terme, l’ensemble des télécommunications seront probablement chiffrées.
Dans le même temps, souligne Bernard Barbier, “même les méchants se mettent à communiquer” : souvent jeunes, instruits, “tous les apprentis terroristes utilisent la crypto : pour eux, l’internet est un moyen de se cacher : ils savent qu’ils peuvent être écoutés, et donc se cachent dans la masse des utilisateurs de l’internet”, ce qui fait que “les cibles ont changé” :
“Nos cibles principales aujourd’hui n’utilisent plus le chiffrement gouvernemental ou militaire mais plutôt de la cryptographie grand public, car nous travaillons à 90% sur l’anti-terrorisme. Aujourd’hui, nos cibles sont les réseaux du grand public, parce qu’utilisés par les terroristes.”
Parallèlement, et au vu de l’explosion du volume des télécommunications, les services de renseignement et de police judiciaire s’intéressent plus au contenant qu’au contenu, afin de savoir qui communique avec qui, quand, pendant combien de temps, voire où, si la communication est géolocalisée :
“Et toutes ces méta-données, on les stocke, sur des années et des années, et quand on s’intéresse à une adresse IP ou à un n° de tel, on va chercher dans nos bases de données, et on retrouve la liste de ses correspondants, pendant des années, et on arrive à reconstituer tout son réseau.”
“Nous stockons tous les mots de passe”
“La mémoire humaine n’étant pas infinie, les utilisateurs utilisent souvent les mêmes mots de passe“, expliquait également Bernard Barbier, ce qui peut s’avérer très pratique pour identifier les apprentis terroristes qui utilisent les mêmes types ou bases de mots de passe lorsqu’ils interviennent sous leurs pseudonymes de guerre, la nuit sur les forums de discussion, que lorsqu’ils s’expriment, le jour, sous leurs vrais noms, sur les réseaux sociaux :
Ils mènent une double vie, mais ont les mêmes mots de passe. Et nous stockons bien évidemment tous les mots de passe, nous avons des dictionnaires de millions de mots de passe.
On comprend mieux pourquoi le décret sur la conservation des données “permettant d’identifier toute personne ayant contribué à la création d’un contenu mis en ligne“, publié 6 ans après l’adoption de la LCEN auquel il se réfère explicitement, prévoit précisément la conservation, non seulement des noms, prénoms, pseudos, identifiants, n° de téléphone, adresses postales et électroniques de ceux qui s’expriment sur le Net, mais également de leurs “mots de passe ainsi que des données permettant de les vérifier ou de les modifier“.
Les services de police et de gendarmerie ont en effet de plus en plus recours à des logiciels d’analyse criminelle (ANACRIM) afin, “par exemple, de rattacher les appels téléphoniques à des abonnés, les abonnés à leurs correspondants, les correspondants à leurs autres relations et ainsi de suite“.
C’est ainsi que les statisticiens, spécialistes du datamining, sont parvenus à exploiter des centaines de milliers de CDR (Call Data Recording), les fiches contenant toutes les données relatives à un appel téléphonique, afin d’identifier le café où se réunissaient les terroristes de l’attentat de Madrid en 2004.
C’est également ce pour quoi les mots de passe pourront donc aussi servir à identifier des internautes, comme le souligne Guillaume Champeau sur Numerama :
Avec ces méthodes, l’enquête peut devenir un véritable jeu de piste. Par exemple, si le suspect a pris soin de masquer son adresse IP et utilise une adresse e-mail jetable sur le lieu du crime, il sera peut-être possible pour les enquêteurs de trouver le même login (pseudonyme) sur un autre service en ligne, où la personne recherchée n’aura pas pris les mêmes précautions. La comparaison des mots de passe pourra peut-être alors confirmer qu’il s’agit bien de la même personne, auquel cas l’adresse IP utilisée pourra faciliter l’identification.
Les services anti-terroristes, qui ont le droit d’accéder aux données sans contrôle judiciaire, pourront ainsi plus facilement s’infiltrer sur les réseaux. Encore que : les terroristes n’utilisent guère les sites et réseaux sociaux hébergés en France, de même qu’ils passent rarement par des fournisseurs d’accès français, et l’obligation de conservation, et de transmission, des données de connexions prévus dans le décret ne s’applique pas aux forums et réseaux sociaux étrangers.
Il n’est, par contre, qu’à se souvenir de l’affaire Tarnac pour imaginer sans trop de difficulté les problèmes que cela pourrait engendrer dès lors que des policiers s’en serviraient pour infiltrer des “organisations de nature subversive susceptibles de se livrer à des actes de terrorisme ou d’atteinte à l’autorité de l’Etat“, notion pour le moins floue mais dont la surveillance fait explicitement partie des missions de la Direction Centrale du Renseignement Intérieur (DCRI), le service de contre-espionnage français qui a fusionné les RG et la DST.
En attendant de tels éventuels dérives et dommages collatéraux, on aurait tort de verser dans la paranoïa, ne serait-ce que parce que conservation des données de connexion date donc de 10 ans maintenant et, comme le souligne Eric Freyssinet, chef de la division de lutte contre la cybercriminalité de la gendarmerie, “d’ores et déjà, dans ces situations et dans la plupart des cas, les enquêteurs parviennent déjà très facilement à identifier le bon interlocuteur“.
A contrario, il n’est pas vain de rappeler pour autant que normalement, dans un État de droit, on ne place sous surveillance que les individus soupçonnés d’avoir commis un crime ou un délit. Dans nos démocraties sécuritaires, tout citoyen est a contrario un suspect en puissance, qu’il convient de surveiller, de manière préventive, “au cas où“. Le problème est politique. Il en va de la “légalité républicaine“.
Sans parler de la nullité crasse des responsables ultrapayés de ses systèmes informatiques qui devraient revenir au balai de maïs...A qui profite le piratage de Bercy ?
La gigantesque affaire d’espionnage de Bercy, révélée ce lundi matin par Paris Match, tombe à point nommé, alors que le gouvernement vient tout juste de renforcer les pouvoirs de l’ANSSI, dotant l’agence nationale de sécurite des systèmes d’information de pouvoirs de “cyberdéfense” l’autorisant à ordonner à un FAI, ou une organisation, de couper l’internet, ce qu’elle a précisément fait ce week-end à Bercy afin de nettoyer les ordinateurs piratés.
Auditionné à l’Assemblée, le 26 janvier, Bernard Bajolet, coordonnateur national du renseignement, expliquait de son côté qu’”après avoir renforcé l’agence nationale de sécurité des systèmes d’information, le gouvernement va créer un poste de directeur des systèmes d’information de l’État, chargé de sécuriser les réseaux des ministères“, et précisait qu’”il s’agit d’un dossier que le Président de la République suit de très près“ (voir Bercy, le piratage qui tombe à pic).
Loin de moi l’idée d’insinuer que ce piratage émane de l’ANSSI, mais il est par contre indéniable qu’il va lui profiter, ainsi qu’à tous les responsables sécurité informatique qui, jusqu’alors, étaient souvent considérés comme de simples techniciens ou ingénieurs informaticiens, suivant en cela le peu de cas que nos dirigeants portaient, et portent encore, aux questions de sécurité informatique. LCI m’interrogeait à ce sujet, ce midi :
Pour Eric Filiol, l’un des meilleurs spécialistes français de la sécurité informatique, ce piratage relèverait moins de l’espionnage industriel qu’il ne révèle surtout les lacunes françaises en terme de sécurité informatique, mais également l’état de déliquescence dans lequel notre pays serait tombé, au point qu’il estime que ce piratage pourrait être le pendant français de ce qui s’est passé en Tunisie ou en Egypte, et maintenant en Libye (voir Bercy: la piste de l’altermondialisme numérique) :
Le discours sécuritaire dément de Sarkozy est tel que, sur fond d’antisarkozysme, je pense que ce genre de choses va se multiplier, et qu’il va se passer dans nos démocraties occidentales ce qui se passe en ce moment dans les pays de Maghreb.
Si seulement Bercy était passé aux logiciels libres…
A toutes fins utiles : n’écoutez pas les vendeurs d’antivirus qui vont chercher à en profiter pour vendre leur soupe antivirus. Les techniques qui, semble-t-il, ont été utilisées pour s’infiltrer dans les PC de Bercy (un fichier .pdf piégé, notamment) ne peuvent pas être détectées par ce type de produits.
Nul doute, par contre, que si Bercy avait eut plus recours à des logiciels libres, et, comme l’a fait l’Assemblée nationale en 2007, déployé des ordinateurs sous l’un des systèmes d’exploitation GNU/Linux, bien plus sécurisés que les systèmes Windows, au lieu d’utiliser des “PC standards avec des antivirus“, ce genre de piratages aurait été bien plus compliqué.
Manque de bol : le décret qui vient de créer, la semaine passée, la direction interministérielle des systèmes d’information et de communication (DISIC), a pour le coup supprimé la notion d’interopérabilité des systèmes d’information du champ de ses missions, déplore l’association APRIL. Ce qui aurait, précisément, eu pour effet de promouvoir les logiciels libres…
La dernière campagne de la Free Software Foundation Europe, une organisation à buts non-lucratifs dédiée à la promotion des Logiciels Libres et qui “œuvre en faveur de la liberté dans la société de l’information“, visait précisément à promouvoir les lecteurs .pdf libres… ceux-là même qui, a priori, auraient empêché la faille de sécurité exploitée par les pirates de Bercy de fonctionner.
Je pense que tous les jours j’ai un peu plus peur qu’il revienne blessé ou pire encore... 4 mois à tenir... tous les jours cette peur au ventre à se demander : est ce qu’il reverra sa fille de 10 mois. Depuis le début il y a eu des morts et des blessés dans la base où il se (...) Une femme de militaire Lire les réactions
La France a honoré 53 fois ses militaires tombés pour la France, 53 cercueils drapés de bleu blanc rouge, 53 légion d’honneur ou prou, 53 cérémonies aseptisées, identiques, carrées puis le néant. A côté de ces cercueils, alignons mentalement les chaises roulantes des hémiplégiques, tétraplégiques et autres abimés par l’acier des bombes artisanales et des balles et posons-nous la question : quels respects la nation leur montre-t-elle ?
La vraie nation, pas, celle, protocolaire, des bans qui s’ouvrent sur de grands discours et se referment dans l’oubli : celle des écoles, des églises, des mosquées, des entreprises, des voisins, des collègues, des amis, des maires ? Pas grand-chose de visible en tout cas alors que des heures, des semaines, des mois et des années de souffrances les attendent, les uns pour remarcher les autres pour piloter avec leur langue la petite manette qui fera avancer le fauteuil dans l’indifférence générale.
Bien sûr, la TV les honore parfois d’une diffusion de leurs destins particuliers mais c’est toujours l’indifférence qui recouvre les émotions de l’instant. Sur ce site, combien d’initiatives ont été commencées puis abandonnées ? Trop. Ainsi va la vie, l’oubli prend le pas sur le souvenir et l’honneur de servir se perd, pas concernés, la guerre, aussi, ça n’arrive qu’aux autres.
Rançon de l’armée professionnelle, les militaires ne le disent-t-ils pas eux-mêmes : « Je fais mon métier » et si c’était à refaire ? « Je ferai la même chose » tonne une voix sortie d’un corps mutilé. Notre société perd le sens des valeurs, ou plutôt de ces valeurs là ; les militaires blessés ne l’intéresse pas beaucoup… Pourquoi ??
La France continue de faire des chèques, de gros chèques, mais c’est sa nature, toujours la première à secourir pendant que les autres font des contrats, ainsi va la vie... ADC-ER Lire les réactions
Le Mistral, actuellement en mission Jeanne d’Arc, a été détourné de son cap pour porter secours aux ressortissants Égyptiens de Libye en transit en Tunisie avant de rentrer chez eux.
On avait pourtant tout prévu pour un millier d’hommes : confort décent, distractions à bord, repas adaptés à la confession musulmane, lits confortables, dispensaires médicaux. Les présumés intéressés par notre Ministère des affaires étrangères ont boudé la croisière préférant les charters. Trois heures de vol contre trois jours de mer, le choix fut vite pris et le Mistral est arrivé à quai devant un embarcadère désert, hormis une ou deux casquettes des douanes tunisiennes pour lire les étiquettes collées sur 100 tonnes de matériel humanitaire livrées par Marianne.
Cette affaire humanitaire, mal bouclée, aurait pu être évitée avec un minimum de renseignements sur zone et, surtout, une concertation diplomatique adéquate mais on a voulu faire vite et trop bien...
Selon un article paru le 15 Décembre 2010 dans le Financial Times, l’Union Européenne attribut des subventions (près de 50 Millions d’Euro) aux groupes qui délocalisent leur production d’Europe Occidentale vers l’Europe de l’Est.
Un document révélé par la radio Ici et Maintenant: